Hermance trompe son mari Marjavel, avec Ernest, le fidèle et dévoué ami de ce dernier, sous l'½il amusé de Pétunia, la bonne frivole. Jusqu'ici tout va bien, le trio classique du vaudeville est au rendez vous. Mais l'histoire ce complique lorsque apparaissent Jobelin, l'amant de feu Mélanie, l'ancienne femme de Marjavel, un couple de domestiques alsaciens, une cousine prête à tout pour se marier, un cocher vénal... De quoi faire un franc vaudeville avec sa série de quiproquos et son cortège de maris crédules, de femme frivoles et d'amis perfides.
Pourtant, avec sa mise en scène, David Friszman s'éloigne des codes du genre et ne se soucie guère des règles de la vraisemblance. Affublés de costumes volontairement grotesques, les acteurs évolueraient plutôt dans un univers parallèle totalement déconnectés de la réalité. Ils convoitent, complotent, trahissent mais sans jamais se prendre au sérieux. Chacun comprend que cette intrigue surréaliste n'est qu'un jeu et les comédiens ne se donnent même plus la peine de feindre la frayeur lorsqu'ils se font surprendre en plein ébat. Cette surprenante lecture du texte de Labiche est plutôt séduisante, sinon qu'à trop vouloir s'éloigner du vaudeville traditionnel, David Freszman en oublie ce qui fait aussi son charme, sinon sa nature même : son rythme effréné et ses portes qui claquent. Ainsi, lorsque les véritables " dindons de la farce " sont découverts, la pièce perd de son attrait et le rythme s'essouffle, malgré toute la bonne volonté des acteurs. Les quelques intermèdes musicaux, d'ailleurs brillamment interprétés, ne parviennent pas à combler les lenteurs.
Heureusement, les comédiens, tous pétillants, donnent à voir un jeu frais, hilarant et délicieusement inattendu. L'évident plaisir qu'ils prennent à jouer ensemble se partage. Malgré les quelques longueurs, cette mise en scène d'un grand succès du "roi du vaudeville" n'aura donc aucun mal à séduire les amateurs du genre.