Après avoir monté "Salina" de Laurent Gaudé l'année dernière, Farid Paya choisit cette année de s'attaquer au texte de Federico Garcia Lorca, "Noces de sang". Les premières minutes, présentant une dispute entre une mère et son fils qui veut se marier, annoncent la couleur : les deux acteurs déclament leur texte face public, leur jeu est poussif et artificiel. S'ensuit un défilé de personnages, villageois, servantes, cousins, tous plus caricaturaux les uns que les autres. Les comédiens ne semblent pouvoir explorer que deux émotions : la joie et la colère, et ils affichent tantôt un sourire béat, tantôt un visage renfrogné. A aucun moment, ils n'arrivent à faire exister physiquement leurs personnages; ils usent de leur corps seulement lors de la noce, en exécutant maladroitement quelques pirouettes. Soumis à une direction de comédiens vide de sens et glaçante, seuls Marion Denys et Patrice Gallet parviennent parfois à émouvoir.
Côté cour, un violoncelliste accompagne les dialogues du début à la fin de la pièce. La musique sérielle composée spécialement pour ce spectacle rend inaudible le texte, mais elle a au moins le mérite de cacher les nombreuses lacunes de mise en scène. Farid Paya a choisi de faire jouer les premières scènes sur des tréteaux. Ce n'est pas une mauvaise idée en soi, d'autant que l'auteur affectionnait particulièrement ce genre de théâtre. Mais l'utilisation qu'il en fait est sans intérêt et rend paradoxalement la pièce encore plus statique. Le troisième acte reste, de loin, le plus affligeant. Affublé d'un costume bouffant blanc et or, Aloual interprète une lune grotesque tandis que deux esprits de la forêt, semblant tout droit sortis de La Soupe aux choux, tentent laborieusement un duo comique. On ne sait plus s'il faut rire ou pleurer devant tant de lourdeurs. Avec cette mise en scène, Farid Paya parvient à vider le texte de Federico Garcia Lorca de toute sa profondeur et nous livre une mémorable parodie de théâtre contemporain.