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[critique]
le plan B

-__ Mauvais plan

par Anne Eyrolle le 28-02-08

Sarah (Aure Atika) et Craig (Thomas Chabrol) forment un couple bien sous tout rapport, en apparence. Elle, belle, forte et faussement domestiquée par lui, brute épaisse et cynique. Entre eux, navigue Tom (Robert Plagnol), ami d'enfance de Craig devenu amant de Sarah. Tom est du genre paumé, sans relation ni emploi fixe, à qui il n'en faut pas beaucoup pour retomber dans la drogue et l'alcool. Jusqu'au jour où il rencontre la jeune Annie (Natacha Reigner), blonde à tous les sens du terme mais qui va peu à peu apprendre à se faire aimer de Tom.

Dans le jargon, on appelle ça une pièce "générationnelle". Une façon de prévenir le public qu'ici on va parler de trucs de jeunes sans profondeur en ponctuant toutes ses phrases de "putain", "'fait chier", "merde" et autres "fuck" dans le texte, et que ceux qui en seraient choqués ou perdus ne sont que des vieux chnoks. Les britanniques sont les as de ce genre contemporain. Andrew Payne est l'un d'eux, auquel on doit notamment le très bon "Squash" présenté en 2006 au Théâtre du Petit Montparnasse. Ou les rencontres régulières entre deux amis après le boulot, dans des vestiaires d'une salle de squash, pour faire le point sur leur couple et leurs aventures sexuelles. Copains, amours, coucheries, travail : voilà, en gros, ce que sont ces "trucs de jeunes" qu'Andrew Payne et ses collègues dramaturges "générationnels" développent pour la scène. Rien que du quotidien, en somme, mais qui, lorsqu'il est finement mené, peut produire des petits bijoux de réalisme pleins de vérités sur les maux de notre époque. "Squash" avait cette force, "Le plan B" en manque cruellement. La faute au texte original ou à son adaptation? A vérifier. Mais les faits sont là : d'une pauvreté assourdissante, le texte accumule les clichés, dans la forme comme dans le fond, et tombe lourdement dans le versant grossier de ce genre réaliste. On voudrait trouver un sens profond, une dimension supérieure à ce lot de banalités, comme le suggère le communiqué de presse -je cite : "Andrew Payne nous dresse avec humour et une étonnante simplicité le miroir reflet d'une société et d'une époque désolée et désolante, déstabilisée et déstabilisante..." Mais seule saute aux yeux cette euphémistique "étonnante simplicité" qui pousse par exemple une des héroïnes à parler de sa sistite. Humour?

Les comédiens font preuve de bonne volonté. Thomas Chabrol a la méchanceté facile de son héros détestable, Aure Atika tente de donner une envergure pleine d'ambiguïté à son personnage d'épouse malheureuse et d'amie jalouse, Robert Plagnol s'amuse franchement avec la vulgarité pré-adolescente de ce Tom, comme Natacha Reigner avec la niaiserie de l'Annie qu'elle incarne. Le quatuor fonctionne aussi bien que possible, dans la mise en scène de Michel Fagadau qui s'efforce d'insuffler de l'énergie et du rythme à cette succession de scènes vaines. Le plan B, à présent, serait d'utiliser la même salle du Studio des Champs Elysées et de faire appel à son même directeur et metteur en scène et à ces mêmes bons comédiens pour interpréter un vrai texte de théâtre. C'est jouable?
[archive]
Fiche théâtre
Titre:le plan B
Auteur:Andrew Payne
Metteur en scène:Michel Fagadau [1]
Comédiens:Aure Atika [1]
Natacha Régnier
Thomas Chabrol
Robert Plagnol
Dates:
- 2008 [1 date]
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