Ce genre de pièce n'est vraiment pas ma tasse de thé, mais surtout que cela ne vous décourage pas d'y aller. Il y avait des rires dans la salle, des visages à l'expression fixe et ravie, même des applaudissements entre les scènes. En plus, le lieu est charmant : les soupentes du Théâtre des Variétés où, dit-on, enseigne Michel Galabru.
Cette Nuit des Reines raconte la tentative de Catherine de Médicis de marier son fils, futur Henri III, à la très mûre et vierge reine Elisabeth I. Préférant sa soeur, la future reine Margot, il y résiste en se faisant passer pour une folle, ce qui n'est pas pour déplaire à un jeune duc venu d'Albion inspecter le parti de sa maîtresse. Ladite est d'ailleurs déguisée en ambassadeur pour se faire une idée par elle-même. Pas besoin de vous faire un dessin sur le genre d'humour: confusion des genres, parodie, travestissement, jeu de rime et allusions sexuelles à peu près continuelles. Le tout en alexandrins. Comme on dit, "il faut aimer". Si c'est le cas, précipitez-vous.
Ce style de théâtre est un objet bien surprenant. Qu'un auteur contemporain, d'ailleurs prolifique et expert-comptable dans la vraie vie, s'amuse encore à compter les rimes (avec ses doigts?) a de quoi intriguer. L'humanité ne cessera jamais de surprendre par sa diversité. Mais il me semble que le monde moderne, par sa richesse et sa complexité, pose déjà tant de questions passionnantes propres à stimuler un auteur.
Le théâtre remplit-il son rôle en présentant des caricatures d'homosexuels? La parodie a-t-elle une valeur ajoutée lorsqu'elle ne cherche qu'à plaire aux préjugés les plus caricaturaux du spectateur? Si encore elle nous renvoyait notre propre image, nous invitait à rire de nos vilains et sales défauts. Mais non, l'attention est détournée sur des personnages improbables, malgré leur mince caution historique, ce qui nous les rend parfaitement étrangers. Il y a en outre une manière de parler de bite, de cul et de chatte avec un ton précieux qui empêche d'en profiter vraiment. A chaque rime, on entrevoit le petit sourire un coin d'un auteur ravi de sa trouvaille. Comme si ces grossièretés nous étaient jetées en pâture avec condescendance par un groupe d'experts atterrés.
Je réalise avec effroi avoir posé la question du rôle du théâtre. C'est marrant mais cette question ne me vient jamais après un bon spectacle. Ma seule ambition est d'essayer de sortir moins con d'une représentation. Ce n'est pas grand chose, en fait. Dans un monde où prolifèrent les fausses valeurs, où l'on prend le médium pour le message, le théâtre demeure, éternel, une oasis de sens. Comme toute forme d'art digne de ce nom, son rôle est finalement politique en ce qu'il ne doit jamais flatter le spectateur.