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[critique]
Une Souris verte

++_ pas d'escargot tout chaud

par Louis-David Mitterrand le 28-01-08

Attention, ceci n'est pas une ritournelle pour enfants, on y verrait plutôt la queue d'un homo erectus que celle d'une souris, même verte. Le titre français est une galéjade, tout autant que "Le petit Chien rigola" de la V.O. Le talentueux Douglas Carter Beane n'en est pas à son coup d'essai. Ce dramaturge installé à New-York a déjà aligné quelques pièces tout aussi efficaces et féroces dont les titres tendent à mystifier le chaland. En l'occurrence, il s'agit de la quête d'identité sexuelle d'un jeune premier montant d'Holywood en visite dans la Grande Pomme. Mitch est à New-York avec Diane, son agent, pour tenter de racheter les droits cinéma d'une pièce. So far so good. Mais, un soir d'ivresse, il a recours aux services d'un jeune prostitué, Alex, qui a par ailleurs une copine et fait ça pour le beurre. Aucun des deux ne se considère comme gay, mais bon, les voilà tout deux presque à poil dans une chambre d'hôtel. De brève rencontre en relation suivie, ce petit manège commence à sérieusement inquiéter Diane, dévorée d'ambition pour elle-même et son poulain, dont une sortie de placard intempestive mettrait à mal la carrière.

Sur ce canevas, Beane développe et enrichit ses quatre personnages, les dote chacun de leur histoire, objectifs et contradictions. Les femmes sont certes niées par cet amour homosexuel naissant, mais deviennent la conscience de leur homme respectif, leur amarre à la société du réel, où les apparences comptent encore. Diane est une redoutable initiée des rouages d'Holywood, a sa revanche à prendre et utilisera le système détestable tel qu'il est pour arriver. Au passage, le spectateur sera régalé des nombreux coups tordus qui précèdent la sortie d'un film en salle. Le trait est à peine forcé et sonne décidément vrai. La satire sociale cohabite fort bien avec cette histoire d'amour entre deux garçons qui découvrent leur vraie nature. Sur cette partie, l'auteur conserve une retenue et une délicatesse qui rendent les personnages touchants et fragiles à l'image des deux cow-boys de "Brokeback Mountain".

Il est intéressant de voir en France cette "Souris Verte", d'ailleurs très bien adaptée par Jean-Marie Besset. Nos auteurs vivants ont rarement la plume aussi acérée, sensible, juste. Trop occupés à dénoncer la junk-culture des USA, ils se laissent aimablement doubler. "Les hauts Plateaux" de Patrick Tudoret, avec Christophe Bourseiller, avait cette férocité appliquée au milieu de l'édition sans pour autant rencontrer son public. Il y manquait sans doute le "love interest" que les américains savent ne jamais omettre. En tout cas, l'équipe rassemblée par le metteur en scène Jean-Luc Revol saisit la balle au bond et réveille le spectateur, tout surpris de se manifester pendant les scènes, comme au guignol. Et c'est amplement justifié, car à l'intelligence de la pièce répond la précision de la direction d'acteurs, la qualité des comédiens. Du rôle de Diane, Raphaëline Goupilleau, fait des étincelles avec sa voix de dessin animé. Arnaud Binard et Edouard Collin sont des amants crédibles, aux dépens de la pétillante Julie Debazac.
[actualité]
Fiche théâtre
Titre:Une Souris verte
Auteur:Douglas Carter Beane
Metteur en scène:Jean-Luc Revol
Comédiens:Raphaëline Goupilleau
Julie Debazac
Arnaud Binard
Edouard Collin
Dates:
+ 2008 [1 date]
+ janvier [1 date]
+ à partir du 22-01-08
Théâtre Tristan Bernard
du mardi au vendredi à 21h samedi 18h et 21h
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