Pourquoi trois comédiens de talent comme Michel Dechaussoy, Catherine Salviat et Michel Robin ont-ils choisi de jouer le jeu ridicule de cette " Fin du commencement "? Les occasions d'assister à un tel ratage sont rares. Le propos, d'abord, est sans intérêt. Dans l’Irlande des années trente, un agriculteur décide de rompre l'ennui de son vieux couple en défiant sa compagne Lizzie : pour lui prouver que le travail à la maison est moins éprouvant que celui dans les champs, il décide d’échanger leurs rôles. S’ensuit une cascade de gags affligeants et l’arrivée du voisin myope Barry n’arrangera rien à l’affaire. Le spectateur assiste à une mauvaise farce dans laquelle tout est caricaturé à l’extrême à commencer par les personnages. Jamais l’auteur ne sait nous les rendre attachants. Le parti-pris dans la direction des comédiens accentue leur fadeur en optant pour un jeu plat, et un ton lancinant et flegmatique, proprement horripilant.
Le décor n'échappe pas au grotesque. Craignant sans doute que le spectateur ne saisisse pas le contexte (c'est vrai qu’il est difficile de voir un quelconque ancrage historique de cette pièce), la jeune metteur en scène s’est sentie obligée de surmonter la cheminée d’un fouet, d’un crucifix et d’un vieil adage catholique. Pas de doute, nous sommes bien dans l’Irlande des années trente!
Cette pièce n’est ainsi qu’une succession de clowneries prévisibles sans fil directeur, où chamailleries de vieillards, dégringolades et autres cabrioles s’enchaînent et se ressemblent. Le pire est que, malgré toutes ces pirouettes, la pièce manque cruellement de rythme, les acteurs semblant être saisis par une apathie contagieuse.
Pour le final, Celie Pauthe ne lésine pas sur les moyens : tandis que, peu à peu, le capharnaüm s’est installé sur scène, les toiles de fond s’écroulent, une tête de vache transperce la cheminée... Finalement, c’est le décor tout entier qui s’effondre et avec lui, les dernières indulgences possibles envers ce désastre.