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[critique]
Les diablogues

++_ Un et Deux font Deux Grands

par Anne Eyrolle le 28-11-07

Une rencontre lors d'une de leurs tournées en solo à travers la France ? Un défi lancé à la table de Jean-Michel Ribes ? Quel qu'il soit, le hasard qui réunit Jacques Gamblin et François Morel sur scène est heureux. Et le choix de Dubillard une évidence.

Deux personnages ni tout à fait amis ni étrangers l'un à l'autre, liés par une ingénuité quasi enfantine: ils semblent débarquer d'un autre monde, comme nous le dit la mise en espace -c'est le cas de le dire- d'Anne Bourgeois. Un et Deux -ce sont leur nom. Inventés pour des sketches radiophoniques diffusés dans les années 50, la série de chocs avec le quotidien à laquelle ils s'adonnent a gardé toute sa fraîcheur. Un délice impérissable pour l'oreille et l'esprit. Parce que sous couvert d'absurde, Dubillard est un explorateur des abysses de la réalité. A coups de mots, il se saisit de la banalité pour ne plus la lâcher, jusqu'à débusquer son incongruité dans les tréfonds de son essence. Pour le spectateur qui le suit, l'expérience est fascinante, agitée par des quiproquos en cascade, des torrents de calembours, des plongées dans les gouffres du raisonnement...

L'élégance simple, Gamblin et Morel plongent dans cet univers atemporel avec un grand plaisir de jouer qu'ils épargnent de tout cabotinage. Si l'enfance est à portée de main, l'intelligence aussi. Avec finesse et légereté, les deux compères savent éviter la caricature de leur relation : pas de distribution des rôles à "la Laurel et Hardy" ou à la "clown blanc et auguste". Un et Deux font deux presque interchangeables, en tout cas égaux. Deux amis idéaux, en quelque sorte. La salle s'amuse, s'émeut et rêve, embarquée dans un joyeux voyage dont les désagréments se limitent à quelques lenteurs dans les transitions dûes à une mise en scène souffrant d'un léger manque de simplicité.