Ecrire une pièce à partir de la vie d'un artiste est toujours un exercice périlleux, surtout lorsque l'artiste en question est Van Gogh et que son histoire tragique a été dépeinte par des dizaines de biographes. Ce genre de pièces se réduit souvent à un simple commentaire artistique, à une explication de l'oeuvre au regard de la vie de l'artiste et l'on perd alors souvent l'intérêt dramatique. Mais Nicholas Wright évite cet écueil en écrivant un texte d'une très grande force et empli d'émotion.
Le jeune Van Gogh qui n'est pas encore peintre mais marchand d'art, débarque à Londres et s'installe dans une auberge tenue par une veuve, Ursula et sa fille Eugénie. Il va également y rencontrer Sam, un jeune artiste prometteur avec lequel il se lie d'amitié. Ces rencontres bouleversent sa vie mais aussi et surtout sa vision de l'art. Il apprend à " voir " le Beau là où il ne voyait que pauvreté, vieillesse et laideur. Parallèlement à ces révélations artistiques, le jeune peintre découvre l'amour avec Ursula, bouleversante Josiane Stoleru. On assiste alors à une évolution des personnages particulièrement intéressante durant laquelle Van Gogh s'approchera peu à peu de la figure de l'artiste torturé que nous connaissons, solitaire et égoïste tandis que Sam se verra au contraire englouti malgré lui par sa vie familiale.
Si ce texte se révèle profondément émouvant, on regrette cependant le manque de liberté laissé au spectateur. Nicholas Wriight a tendance à dévoiler trop clairement les éléments clef de l'histoire de l'artiste (la tragédie de son frère mort-né, ses amours, son profond mal-être), nous laissant parfois croire qu'il n'existe qu'une seule grille de lecture.
La metteur en scène Hélène Vincent a choisi le parti pris du réalisme : une cuisine du XVIIIème siècle, l'incontournable table en bois au centre de la pièce, le vieux poêle et même les odeurs de plats mijotés, tout y est! Guillaume Marquet, l'excellent interprète de Van Gogh, a même appris l'accent néerlandais pour les besoins de la pièce. Dans ce constant souci de vérité, Hélène Vincent s'autorise cependant quelques " folies " grâce notamment aux parenthèses musicales et chorégraphiques qui ponctuent la pièce.
En sortant du théâtre, l'envie est grande de redécouvrir ce Van Gogh dont on croyait déjà trop connaître la peinture, et de chercher dans chacun de ses tableaux la figure de son amante, de celle qui " ne sera jamais vieille tant qu'elle aime et qu'elle est aimé "