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[critique]
L'épilogue à L'Homme qui danse

+++ Chapeau l'artiste !

par Anne Eyrolle le 28-10-07

Il y a des artistes qui échappent à la critique, non pas du fait de leur atypisme, mais au contraire, parce qu'ils sont l'une des expressions les plus abouties de l'art qu'ils servent. Philippe Caubère est de ceux-là. Ne pas apprécier un spectacle de Caubère c'est ne pas aimer le théâtre. Ou, pour le dire autrement, apprécier Caubère c'est aimer l'art du comédien. Evidemment, l'homme peut agacer ou lasser. Ce n'est qu'un homme, avant tout, avec ses défauts, ses manies et ses obsessions durables. Mais ce qui se passe sur scène quand celui-là y monte seul est au dessus de tout jugement : organique, charnel, drôle, profond, c'est le corps, le mot et l'émotion incarnés. C'est le théâtre, tout simplement.

Cette fois ci, l'affiche annonce "L'épilogue". Plus de 25 ans que ça dure, il fallait bien que ça arrive: Philippe Caubère signe la fin de son épopée autobiographique. Mais comme il a ce défaut qui l'a rendu attachant de ne pas savoir s'arrêter, il fait son envolée en deux volets : avec "La ficelle", d'abord, "La mort d'Avignon" enfin.

"La ficelle" qui pourrait aussi bien s'appeler l'intrus, s'il n'y avait cette corde traînant sur la scène. Intrus, comme les accents de cet épisode, soudain inquiétants, presque tragiques. On oublie un temps le délire narcissique d'un surdoué de la scène pour suivre les angoisses d'un chômeur. Intrus comme Ferdinand Faure, tout à coup seul. Les mère, soeur, père, Madame Colomer, Ariane, amis, filles, politiques, chanteurs qui l'ont hanté pendant des années de spectacles solo l'ont lâché. Dès qu'il tente de les rappeler à lui, c'est avec la maladresse du débutant présomptueux. Frustré et désemparé, l'acteur est pathétique. Lui naguère si beau, qu'il est comique et laid, écrirait Baudelaire. Que faire? Reste une ficelle, et deux solutions : se pendre ou se peindre. Incapable de quitter la scène, il choisit finalement de tenter de renaître, sans compter sur personne d'autre que lui-même. De nouveau investir son corps et l'espace, faire danser ces deux chaises, donner une âme à cette ficelle... Après des heures, des années de drôlerie, l'acteur montre qu'il y a des failles dans le masque. Un Caubère plus austère s'expose.

"La mort d'Avignon" offre un tout autre combat. A dominante hilarante, cette fois. Et sur une scène surpeuplée : celle de la cour d'honneur du Palais des Papes, à Avignon, en 1978. Sous la direction d'Otomar Krejca, Caubère/Faure y est "Lorenzaccio" en collants verts. Extraordinaire débâcle. Aujourd'hui, Caubère en rit, évidemment, et y trouve un formidable prétexte au bouquet final : tous les fantômes de Ferdinand sont de retour, pour un ultime salut. Exalté par ses retrouvailles, le comédien les saisit à bras le corps, les empoigne, les agite, les lâche et les capture encore, celui-ci le moquant, celui-là l'encourageant. Sur scène, dans les gradins, au premier rang et au dernier, il est partout, il est chacun, tourbillon infernal qui ne laisse personne derrière lui. Au terme de cette prestation époustouflante, l'émotion est à son comble. Ca y est, il va falloir partir, se quitter pour de vrai, cette fois. Une lettre reste pour lui. Et pour nous, des images en souvenirs d'un grand, d'un long mais toujours trop court moment de théâtre. Chapeau l'artiste!
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Fiche théâtre
Titre:L'épilogue à L'Homme qui danse
Auteur:Philippe Caubère
Comédien:Philippe Caubère
Metteur en scène:Philippe Caubère
Dates:
- 2007 [1 date]
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Affiche
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l'homme qui joue
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