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[critique]
L'autre

+__ Les trois autres

par Anne Eyrolle le 27-10-07

Je m'étais pourtant juré de ne plus fréquenter Florian Zeller. Ni livre ni pièce, fini, promis, juré. Notre histoire avait commencé avec "La Fascination du pire" -comme à peu près tout le monde dans ce pays. Radio, télé, journaux, rues parisiennes, Zeller était partout. Une véritable fascination, en effet...

Du temps, de ses livres et de ses pièces passèrent entre nous, j'avais fini par oublier notre rencontre malheureuse. L'année dernière, son nouveau roman me tomba entre les mains. Impossible de ne pas se couper une tranche de son "Julien Parme" au moins par conscience professionnelle ; le morceau me resta en travers de la gorge. J'espérai le faire passer grâce au talent de Catherine Frot et Robin Renucci, interprètes de sa pièce, alors à l'affiche, "Si tu mourais". Celle-là finit de m'achever. Florian et moi, plus jamais.

Du moins, je le croyais. C'était mal connaître le talent de séducteur -et l'acharnement, il faut bien le dire- du beau blond. Sara Forestier, Aurélien Wiik, Stanislas Mehrar. Quand même... Il y a beau être écrit "de et mis en scène par F.Z." (son nom me devenait douloureux à prononcer, après tant d'erreurs partagées), malgré tout cette affiche excitait trop ma curiosité.

Du passé faisons table rase, notre histoire appartient à une autre époque, nous avons grandi, chacun de notre côté, nous pouvons peut-être enfin nous comprendre, lui et moi. Je reviens Florian, ne me déçois pas.

Musique de Christophe, "elle dit, elle dit, elle dit". J'adore, ça tombe bien. Images vidéos -ce qui apporte rarement quelque chose sur une scène, mais puisque ce sont les cheveux fous et les sourires enfantins de Sara Forestier qui caressent la caméra... C'est joli. Utile? Disons que ça annonce la couleur féminine du tableau. Quand la lumière se fait, c'est sur un décor sobre et obscur (il aime l'obscur, Florian). Dans le fond, deux pans de murs pour deux entrées, au milieu de la scène deux blocs pour servir de lit aux corps de Stanislas Mehrar et de Sara Forestier. Simplicité. C'est plutôt agréable de constater que Florian metteur en scène a décidé de ne pas en faire des tonnes.

Puis les beaux corps alanguis se mettent à parler. Soudain, la violence de notre histoire passée, à Florian et moi, me saute à la figure : non, décidément, rien de sérieux ne sera jamais possible entre nous. Trop de manières dans le langage qui tentent de dissimuler la puérilité des échanges, trop de détours dans la construction qui voudraient faire oublier la platitude de l'intrigue.

L'intrigue, parlons-en : Elle l'aime, Il l'aime, puis un autre arrive. Ce pourrait être simple comme un vaudeville. Cà devient aussi flou qu'une barbe à papa : arrive t-il vraiment, cet autre? Ou n'est-il que fantasme? Fantasme de qui, alors? D'Elle ou de Lui? Et s'il existe, de qui est-il véritablement le complice et l'ami? Toujours cette mauvaise habitude qui me rend Florian si difficile à lire et à voir : ce besoin obsessionnel de faire dans l'obscur, pour feindre la densité philosophique. Dans la catégorie des grands penseurs, je lui préfère Nietzsche : "Celui qui se sait profond s'efforce d'être clair, celui qui veut sembler profond s'efforce d'être obscur; car la foule prend pour profond ce dont elle ne voit pas le fond".

Et il y a foule, dans le théâtre, ce soir. Du "pipole", surtout, beaucoup de "pipole". Florian a plein d'amis, et j'avoue que ça m'ennuie. Non que je sois jalouse; ce n'est pas parce qu'entre nous ça n'a pas marché que je lui souhaite ennui et solitude, non. Seulement, je pense à tous les jeunes auteurs qui ont des choses claires et profondes à dire, et qui malheureusement manquent d'amis dans le milieu. Mais il faut croire que Florian a été plus tôt plus malin qu'eux. Parce qu'il y a bien longtemps que le garçon traîne dans le quartier (entre le VIè et le VIIIè pour être précis), bien décidé à se fabriquer une carrière et une réputation de prodige. Florian Zélé, pourrait être son nom de guerre. La réussite appartient aussi à ceux qui savent faire preuve d'insistance -surtout si c'est avec style -les cheveux longs ébouriffés sur une tête d'enfant de choeur, ce n'est pas seulement la preuve vivante que la pub Graffic de Garnier n'est pas mensongère; c'est aussi une marque identitaire puissante. En tout cas, ça se voit de loin.

Force est de reconnaître qu'il n'a pas que des défauts, Florian. La construction, par exemple. Bien que ces histoires soient toujours alambiquées (ce fameux goût de l'obscur), il les mène jusqu'au bout sans erreur. Ce n'est pas rien. Mais sa plus grande qualité c'est de savoir choisir ses amis... pardon : ses collaborateurs. Les trois comédiens qu'il réunit ici sont assez formidables pour rendre la soirée moins désagréable que prévu. Pour ses premiers pas sur les planches, Sara Forestier est très convaincante. Autre débutant de la scène, Stanislas Mehrar n'est pas mal non plus, même s'il n'a pas la puissance -et l'expérience théâtrale- d'Aurélien Wiik dont la voix, rauque et dense, est déjà un ravissement. Finalement, si cette tentative de réconciliation n'a pas tout à fait ratée, c'est grâce à eux, les trois autres. Ils savent rendre la soirée presque agréable, le texte presque passable. Mais "presque" n'est pas assez. Cette fois, Florian, c'est fini. N'insiste pas.
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Fiche théâtre
Titre:L'autre
Comédiens:Florian Zeller
Stanislas Mehrar
Sara Forestier
Aurélien Wiik
Metteur en scène:Florian Zeller
Dates:
- 2007 [1 date]
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