Ce "Tartuffe" est la deuxième partie d'un triptyque commencé avec des "Précieuses Ridicules" déjà évoquées ici, et que conclura un "Malade Imaginaire". Si les trois pièces se succèdent à une semaine d'intervalle, on peut aussi voir l'intégrale le samedi, soit dix heures de spectacle.
Décidément cette troupe ne fait rien comme les autres. Ils choisissent des grands classiques, remettent tout à plat et en extraient la quintessence. Le commencement de leur "Tartuffe" reflète cette approche: tous à la table au milieu des cartons de pizza et bouteilles de jaja. Comme s'ils cherchaient encore un angle cinq minutes avant de démarrer, une manière d'écho silencieux à leur premier travail collectif sur le texte. Alors que le public finit de s'installer, la première réplique claque comme la chambrière d'un maître de manège. Le comédien a bondi de la table et se met en piste dans le rôle de la grand-mère bien dévote, ravie de la présence de ce Mr Tartuffe dans la maisonnée. Ni costume, ni maquillage, ni même effort sur la voix, et pourtant ça ne pose aucun problème au personnage qui vient s'installer avec délectation dans le corps d'Eric Louis, également metteur en scène.
C'est du théâtre mis à nu, du moins qui commence sans rien pour être dans l'essentiel, puis rajoute par petites touches un bout de costume, une maladroite couche de poudre sur le visage, un accent qui va et vient, un accessoire dans le bric à brac du plateau. Nulle affectation, mais de la sincérité à revendre dans ce dénuement volontaire. Ces comédiens sont des chercheurs de vérité, rien d'autre ne semble les intéresser que leur personnage et ils ne s'interdisent rien pour le développer, sinon de faire avec les seuls moyens du bord. Rien de plus que ceux dont auraient disposé des saltimbanques itinérants de l'époque de Molière. De ce coté là, il sont bien dans l'esprit. A l'image de ces montres qui révèlent tout de leur mécanique interne, dont l'objet même en est la contemplation, ce spectacle est un composite de la pièce, de sa préparation et de son fonctionnement. Tout est apparent et intéressant pour le spectateur. La seule contrainte technique est la restitution intégrale du texte, avec une facétieuse rigueur sur les alexandrins terminés en I-ONS.
Voilà 3h20 qui passent comme un enchantement, une salle captivée, des visage incrédules (mais comment ils font?). Après une première partie plus sobre que dans les "Précieuses Ridicules", la deuxième partie s'appuie sur ce socle pour ménager quelques surprises intéressantes, dont un élément de décor, disons... réaliste. On peut encore être surpris au théâtre, qui l'eût cru?