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[critique]
La mastication des morts

++_ Qui a dit que les morts ne parlaient pas?

par Pauline David le 16-10-07

Albert Iserge : 1902-1953; Géraldine Gontagues : 1962-1963; Alphontine Ronart : 1932-1981... Alphontine Rouart, morte en couche, Albert Iserge, décédé en percutant la Marguerite ou encore un anonyme, mort un "certain" hiver 54. Tous sont morts et enterrés au cimetière de Moret sur Raguse. Tous nous content l'histoire de leur vie à travers celle de leur mort. Autant de parcours singuliers et pourtant tellement universels. Chacun retrouve une partie de soi-même dans ces sagas familiales et ces commérages de village. Ces morts dont les aventures s'entremêlent sont la mémoire de la communauté.

Juchés sur un plateau de couleur bleuâtre, presque cadavérique, les comédiens sont des spectres cocasses qui tour à tour nous rappellent que la mort fait partie de nos vies. Derrière eux, des noms s'éclairent avec leurs dates. Ces personnages viennent de mourir. Le propos de l'auteur Patrick Kermann tomberait rapidement dans le morbide s'il ne maniait avec un immense talent l'art de l'humour noir et de l'auto dérision. Car ils sont finalement plutôt rassurants ces cadavres et à y regarder de plus près, la mort n'a pas l'air si effroyable que ça. Elle représente pour certains un échappatoire, pour d'autres un mauvais moment à passer. Voire même un acte d'amour pour ce bouleversant couple d'octogénaires. Enfin, elle est pour d'autres individus plus prosaïques, l'occasion de se refaire une dernière beauté avant le "grand voyage". En tous cas, elle n'est jamais dramatisée, mais simplement perçue comme une étape de l'existence.

Pour accompagner ces textes, le metteur en scène Eva Vallejo a choisi, comme à son habitude, d'ajouter la musique de Bruno Soulier. Parfois assourdissante, empêchant d'abord de saisir le texte, elle sait se faire par la suite plus discrète. Elle devient alors envoûtante et amène les comédiens à des déplacements presque chorégraphiques.

Puis, dans cette pièce, il y a surtout ses comédiens! Admirables de drôlerie et d'émotion, ils nous transportent à travers le temps, nous font plonger avec eux dans leurs histoires et deviennent attachants, terriblement attachants!

Finalement, Patrick Kerman en dédramatisant la mort nous la rend acceptable, passionnante et ... drôle!
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Fiche théâtre
Titre:La mastication des morts
Auteur:Patrick Kermann
Metteurs en scène:Eva Valejo
Bruno Soulier
Comédiens:Eva Valejo
Bruno Soulier
Corinne Bastat
Dates:
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