Encore du Molière? Oui mais pas celui qu'on nous sert d'habitude, avec les contorsions, la gestuelle comédia, le phrasé fleuri, les costumes poussiéreux. Nous sommes loin du respect compassé ou même de la complaisante transgression qui flatte l'égo du metteur en scène. La joliment nommée compagnie "La Nuit surprise par le Jour" nous emmène ailleurs. Et pourtant Jean-Baptiste Poquelin aurait certainement kiffé sa race en voyant ce spectacle. Les bougres s'amusent comme des petits fous et rendent heureux le spectateur tout en portant haut l'étendard du théâtre.
Ils attendent au fond de la scène, parmi leur bric à brac, que le public ait bien calé ses fesses. Ils ont tout apporté, comme s'il avait pu manquer quelque chose dans ce somptueux théâtre de l'Odéon. Mais de belle salle et grande scène ils n'ont que faire. Il fonctionnent en autonomie avec leurs propres tréteaux, portants, praticables, lumières, rideaux et tout le toutim. Jusqu'au petit poste pour faire la musique. Et puis là ça commence sans que la salle soit éteinte, car une partie du spectacle est dans la salle, ou plutôt avec. Et ce n'est pas une des ces astuces gratuites de mise en scène. Ils y vont pour recruter. Vous êtes prévenus! Pas la peine de baisser la tête ou de se croire à l'abri au balcon. Ce n'est qu'une mise en bouche.
N'oublions pas que l'affiche promet "Les Précieuses ridicules". Elles ne sont pas escamotées, loin de là. Le texte est livré à la lettre près, paraît-il. On s'en fout mais c'est quand même intéressant à savoir quand on considère la folie de ce spectacle. On est, on reste dans Molière. Mais tout en l'oubliant divinement tout à la fois. La farce voulue et chérie par l'auteur se déploie dans toute sa splendeur. Pour être ridicules nos donzelles le sont à souhait, mais surtout elles ont du chien et ne lâchent pas leur personnage. Elles passent à travers ce champs de mines de mise en scène férocement attachées à leur rôle. D'ailleurs la troupe entière est à l'unisson. Dieu sait si le rôle de Mascarille, pompeux valet envoyé faire le duc devant ces dames, peut tenter le cabot. La frontière est toujours mince. Mais il n'en sera pas question. Nos amis ont trop l'amour du métier et surtout l'idée de s'amuser sur scène avant tout. Tant mieux si ça nous fait rire au passage.
Pour convaincre les plus réticents, que dire encore? Qu'il y a de la nudité (dans les deux genres), des surprises et encore des surprises. Que je ne dévoilerais pas, j'en ai même trop dit déjà. Il faut bientôt arrêter de lire ces lignes, prendre son téléphone et réserver pour ce spectacle dès que possible. Il est peut-être déjà trop tard pour les Précieuses mais la bonne nouvelle est qu'ils enchaînent avec Tartuffe et le Malade imaginaire. Miam.