Le plateau semblait alléchant. Un décor cubique derrière lequel se dessinent deux ombres, dos à dos. Des jeux de lumières faisant apparaître les frères siamois, Louis et Robert, liés par le dos, condamnés à vivre ensemble sans jamais se voir. Enfants, cette fusion fraternelle est jouissive : " Nous ne serons jamais seuls ! ". Mais arrivés à l'age des premières amours, la promiscuité devient insupportable car, prisonnier du corps de son siamois, l'un des deux - Robert, en l'occurrence- est paradoxalement condamné à la solitude.
C'est une belle histoire que les frères Botti s'apprêtent à nous conter là. Oui mais voilà, si la scène d'exposition semble très poétique, la narration reste ensuite à la surface des personnages sans véritablement plonger dans leurs relations. Les déboires de ces siamois sont abordés sans qu'aucun ne soit approfondi. Les thèmes denses de la gémellité et de la liberté sont survolés. Tout est dit mais rien n'est ressenti. Les dialogues sont déclamés sur un ton monocorde et aucune émotion ne transparaît. Les comédiens se bercent de leurs belles paroles. Car il faut le dire ces paroles sont belles. Elles nous amènent à réfléchir sur le double que chacun porte en soi, sur la solitude et sur son rapport à l'autre, sur ces liens parfois oppressants que peuvent représenter les liens du sang. Et pourtant le public ne prend pas, car sans émotion la pièce perd toute dimension universelle.
Alors certes, c'est très beau : ces chorégraphies dos à dos, ces jeux polyphoniques, ces échanges de cadeaux, cette mise en scène cubique qui se dévoile et s'ouvre au fur et à mesure que le couple vacille... Mais où est passé ce rapport fusionnel entre les frères qui mêle l'amour à la haine ? Et lorsque enfin les jumeaux se séparent, pourquoi n'apercevons-nous pas cette déchirure sur le visage des deux frères ? Non, ils se contentent d'enlever sagement le harnais qui les liait, faisant par là même s'envoler les derniers grammes de poésie qui planaient encore sur cette histoire.