Il a l'air sympa, Jackie Berroyer. L'air de ceux qui ne se prennent jamais le citron même quand on les presse de faire les zouaves de service. Jackie fait de la télé et du ciné, Jackie écrit des scénarii, des livres et même des réponses spirituelles dans le courrier des lecteurs de Philosophie Magazine. C'est dire s'il pourrait faire le fier, Jackie. Mais non, au lieu de ça et alors qu'il se met en scène, il continue de traîner son allure pataude sur les planches et sa voix hésite toujours, presque bégayante, comme ses regards au dessus de ses verres de presbyte. Jackie Berroyer est un gentil sans chichis qui n'en revient pas qu'on l'aime pour ça.
Alors il en profite, Jackie, et joue le jeu qu'on attend de lui : celui de la désinvolture, de l'autodérision et des calembours souvent lourds. C'est un style qui peut trouver ses adeptes. D'une certaine façon, Coluche en a fait son beurre.
Sinon que pour interpréter le personnage du dilettante sans passer pour un amateur, il faut beaucoup, beaucoup de travail. Et de toute évidence, Jackie n'a pas tellement planché sur son spectacle. Le texte, qu'il a présenté pour la première fois à Avignon en 2005, est plutôt à la hauteur du Jackie Berroyer qu'on connaît ; des perles de finesse et de rigolotes grossièretés se laissent saisir dans ce journal intime d'un quinquagénaire amateur de jeunettes. Mais le jeu et la mise en scène sont d'une pauvreté déconcertante. Comme un prof mal à l'aise avec ses notes, il se livre à un monologue qui n'est ni tout à fait lu ni tout à fait joué. On se dit d'abord que c'est normal, c'est Jackie, c'est tout lui. Passé le premier quart d'heure, on finit par se lasser, avant de se demander s'il ne se fiche pas un peu de nous, quand même, le Jackie... Mais réfugié derrière le prétexte de son célèbre dilettantisme, il ne semble plus être géné de rien : il se laisse d'ailleurs aller à quelques tours de chant et de guitare, sa vraie passion d'origine, paraît-il. On comprend qu'il nous l'ait caché pendant si longtemps. Du sous-Boby Lapointe passé à la moulinette d'une guitare électrique : c'est dur. Et la présence d'un vrai guitariste sur scène à ses côtés ne change rien à la douleur, ça en couvre seulement les cris.
En attendant que le temps passe, on pense à François Morel qui, l'an dernier, se produisait pour sa deuxième saison dans cette même salle avec un spectacle réaliste et en chansons. Un moment de pure simplicité qui avait rendu l'artiste plus sympathique et admirable encore. Celui-là avait travaillé.