[critique]
Shunkin


de jolis instants
par Louis-David Mitterrand le 03-10-07
Nul besoin d'être un esthète japonisant pour apprécier ce conte, mais cela aide un peu quand même. Il faut ne pas être dérouté par le procédé très formel et minimal du récit dramatique. Le conteur et les comédiens alternent la parole avec une grande économie de gestes et de moyens. La petite scène du Théâtre de la Huchette n'autorise pas les acrobaties et ça tombe bien car le conte de Shunkin n'est pas le théâtre dont nous avons l'habitude. C'est une histoire d'amour entre une femme bien née devenue aveugle très jeune et son serviteur. Cette relation ne dira jamais son nom à cause du poids des convenances et sera masquée par un infini cours de musique donné par Shunkin à Sasuké. Jusqu'à ce que la mort les sépare.
Deux musiciennes japonaises de talent accompagnent le récit de leurs instruments traditionnels. Le plus touchant dans cette affaire, ce n'est peut-être pas l'histoire elle-même mais la très grande simplicité, le volontaire dénuement avec laquelle celle-ci est présentée à nos esprits occidentaux volontiers moqueurs, goguenars et cyniques. Oui, il faut ouvrir un peu sa sensibilité, baisser les armes en somme. Il n'y pas de roublardise, de trucs de scène, de facilités censées emporter l'adhésion. Il faut faire un petit effort pour être récompensé. Comme dans le ballet classique, ou à fortiori le kabuki, il faut accepter les conventions proposées ou bien il sera très facile de s'ennuyer et trouver au spectacle bien des ridicules. Il n'est pas question de se forcer à aimer, il suffit de poser son bagage mental dans un coin et écouter.
Eh bien oui, le personnage de la belle et sévère Shunkin finit par prendre corps grâce à l'altière Valérie Jeannet qui se laisse gagner par l'émotion et nous touche. Thierry Leclerc n'a plus qu'à caler son Sasuké sur cette performance. Et on devine l'oeil malin derrière les lunettes de ce vieux briscard de Nicolas Bataille. Sur la fin il ralentit insensiblement le rythme de sa narration pour retenir un peu ces instants fugaces et jolis. Et ces instants là c'est déjà beaucoup.
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Fiche théâtre
affiche
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