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[critique]
Un Fil à la Patte

+++ Pantalonade fignolée

par Louis-David Mitterrand le 08-06-07

Rien à dire. Non vraiment. C'est du Alain Sachs tout craché, raboté, fignolé, peaufiné, soigné jusqu'à la perfection par un obsessionnel de la belle ouvrage. Une mécanique de mise en scène dont la précision répond à celle de la pièce. Bien sûr on peut faire plus fou, décalé, transposé, minimaliste, brechtien mais finalement que demande le peuple? La simple restitution d'une oeuvre géniale un peu dans son jus avec toutes les intentions de l'auteur intactes, c'est déjà bien, très bien même. Et ça plaît. D'ailleurs la salle entière a soupiré à l'annonce d'un entracte de 20 minutes, avant le dernier acte, celui où Feydeau aime bien nous transporter chez sa victime. Celui des lendemains après le climax où on a tutoyé l'absurde. On y reprend un peu ses esprits pour mieux imprimer la réalité des situations impossibles qui ont précédé, pour confirmer que tout n'était pas un mauvais rêve. Ça pourrait s'arrêter là mais ça repart de plus belle, évidemment. Il y a cette envie irrépressible des personnages de labourer la scène, tels des marionnettes qui auraient coupé leurs fils.

Et de fil justement Fernand en traîne un sérieux: la jolie chanteuse Lucette, tellement amoureuse de lui qu'il diffère sans cesse leur rupture, rendue urgente par son imminent mariage dans la petite noblesse. Son contrat de mariage doit être signé le soir même chez sa belle-mère de baronne qui a eu la bonne idée de convier Lucette à y faire spectacle. Parmi les convives on retrouve, entre autres, un assortiment déjà aperçu chez Lucette, dont un général sud-américain aussi amoureux que jaloux, l'ex-mari bien brave, un clerc de notaire taquinant l'écriture lyrique et un monsieur charmant qui sent très mauvais. Reste à bien secouer le tout pour un résultat, disons, intéressant, mais qui ne va pas de soi. Le genre est très exigeant et ne souffre pas la médiocrité. Il requiert des comédiens aguerris ou simplement doués avec un esprit d'équipe à toute épreuve. Le travail d'ensemble interdit tout cabotinage ou rupture de rythme. D'autant plus que la pièce croque finement les moeurs et la psyché féminine. C'est une oeuvre très aboutie où les personnages se retrouvent souvent sans pantalon.

L'équipe réunie par Alain Sachs pour cette reprise d'un spectacle donné en 2000, ne démérite pas. Des professionnels qui maîtrisent leur sujet, défendent leurs personnages et s'amusent au passage. Il suffit de regarder leur pedigree long comme ça. Ça ne garantit rien bien sûr, mais en l'occurrence il n'y a que du beau linge, souvent connu, essayé et approuvé par le patron. On remarque Philippe Uchan en clerc de notaire Bouzin, particulièrement drôle avec un jeu corporel très abouti. Il y a aussi l'excellent Jean-Marie Lecoq en général, déjà aperçu dans un "Dindon" par Francis Perrin. Les agents de police, récurrents dans les grandes pièces de Feydeau et souvent négligés à cause de leur bref passage et petites répliques, font ici sensation dans la débilité grâce à Jean-Pierre Malignon, également ex-mari de Lucette, et Michel Lagueyrie, par ailleurs le Monsieur-qui-sent-mauvais. Un souci du détail qui compte.

Ils repartent pour un tour avec un enthousiasme visible pour occuper l'été au Théâtre de Paris, avec en prime un surtitrage en anglais prévu pour les touristes. Quelle bonne idée.