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[critique]
La Pièce

-__ La pas vraiment Pièce

par Anne Eyrolle le 16-02-07

Soyons francs : la première raison pour laquelle on a envie d'aller voir "La Pièce", ce n'est pas le titre -dès lors qu'on adhère à l'adage, inspiré du philosophe fabricant de frites Mc Cain, que ce sont ceux qui en promettent le plus qui en disent le moins- ni le lieu, qu'on croyait à jamais hanté par les jetés de jambes porte-jarretelés et épuisés par un french-cancan démodé. Non, la première raison, bien sûr, c'est l'affiche. Ce portrait -tête à claques pour les uns, génie de la communication pour les autres- qui depuis des années s'accroche à tous les réverbères, feux-rouges, et autres murs de coins de rues traditionnellement dédiés à d'autres levées de jambes -en l'occurrence de pattes. Qu'il nous amuse ou nous révulse, ce portrait-là ne laisse pas un urbain indifférent. Mais qui se cache derrière cette bouille de post-ado-ex-sécheur-de-cours ? Ou, comme le dirait un autre et non moins éminent philosophe : Qu'est-ce qu'il veut, qu'est-ce qu'il a, qui c'est celui-là? La réponse semblait enfin nous parvenir avec l'arrivée de ce supplément d'informations sous-titrant depuis peu le portrait noir et blanc : à renfort de colle et de tirages photocopies, ce bonhomme préparait tout simplement sa promotion de comédien et/ou de metteur en scène et/ou de dramaturge, et/ou de producteur, et/ou de costumier... A vrai dire, peu importait son rôle dans cette histoire : l'essentiel était qu'il allait enfin nous révéler son identité.

Eh bien non. Mon humble fonction de relais d'information m'oblige à fiche en l'air le brillant montage médiatique d'une troupe de théâtre en mal de mécènes : chers lecteurs, sachez qu'en vous rendant à La Nouvelle Eve voir La Pièce vous n'apprendrez rien de plus, rien de moins sur le chevelu à lunettes rondes. Sa présence s'y limite à celle que vous connaissez déjà : des affiches.

La troupe avait cependant l'ambition de vous consoler en vous proposant un spectacle des plus délirants qui soit, dans lequel, tout en interprétant leurs rôles, les comédiens n'hésiteraient pas à franchir le quatrième mur pour plaisanter avec le public sur cette pièce qu'ils se diraient en train de jouer. Une "trouvaille" qui, certes, fournit sa dose de sourires, mais qui ne rend pas pour autant aveugle sur la fragilité de l'intrigue de fond. Celle-ci se résume en l'histoire d'un avocat à peine diplômé et déjà rayé du barreau qui, obnubilé par l'idée d'avoir éventuellement envie de se jeter par la fenêtre, se laisse conseiller par des ami, amant, curé et stagiaire psychiatre non moins obsédés et obsessionnels que lui.

A défaut de proposer une intrigue qui tienne la distance, il faut reconnaître que le texte offre des répliques assez drôles pour nous retenir à nos petites tables rondes. Mais ce n'est pas sans regretter d'avoir oublié nos bouchons d'oreilles : est-ce l'expérience avignonnaise qui leur a enseigné l'art de la harangue -La Pièce a fait ses débuts durant le dernier festival- ou le manque de formation ? Quoi qu'il en soit, sur scène, les cinq garçons s'en donnent à coeur joie dans le hurlement au point de gâcher l'écoute d'abord réceptive à un texte a priori sympathique.

Sympathiques, ils le sont, évidemment, ces compères, et leur projet ne l'est pas moins ; on les imagine, réunis autour d'un metteur en scène pétri de bonnes intentions, se disant que, non, clairement, depuis Le Père Noël est une ordure, on n'a jamais fait un vrai spectacle loufoque et générationnel. Malheureusement, l'amitié entre potes, le goût de l'humour foldingue et le talent d'un communicant colleur d'affiches ne suffisent pas à faire une bonne, une mémorable... En un mot : La Pièce.

A.