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Un nid pour quoi faire
auteur
Olivier Cadiot
éditeur
P.O.L

paru le 04-01-07

critique
++__ Nouvelle Cuisine
extrait

UNDEF


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[critique]

++__ Nouvelle Cuisine

par Jerôme Farssac le 11-03-07

Autant vous le dire tout de suite : chez votre libraire préféré, il est statistiquement improbable que vous trouviez les livres d'Olivier Cadiot en pile épaisse, trônant crânement juste à côté du dernier Marc Lévy ou du nouvel Amélie Nothomb. Avec un peu de chance, vous parviendrez tout de même à localiser un ou deux spécimens, jetés en vrac sur une étagère discrète tout au fond du magasin. Rien de surprenant à cela : Olivier Cadiot se situe très clairement à l'avant-garde. À ses avant-postes même, puisqu'il est l'un des principaux animateurs, avec Christian Prigent, Nathalie Quintane ou Pierre Alféri, d'une certaine école éprise d'expérimentation narrative. Et l'avant-garde fait peur. Censément illisible, inabordable, inintelligible, il paraît qu'elle est l'apanage exclusif d'une mystérieuse élite préalablement initiée à cet art étrange. Le lecteur moyen, vous ou moi, est condamné, au vu de ses piètres moyens intellectuels, à avaler sans se poser trop de questions la ratatouille indigeste concoctée par quelques cuistots maladroits.

Condamné à vie à se contenter de Jean-Christophe Grangé ou Florian Zeller, vraiment ? La sortie du nouvel objet littéraire non identifié signé par l'étrange monsieur Cadiot est une belle occasion de tordre le cou à ce vilain réflexe qui consiste à trop souvent disqualifier d'emblée du champ des lectures possibles tout ce qui s'écarte des sentiers bien balisés de la fiction commerciale. Il est question dans "Un nid pour quoi faire" d'une étrange famille royale en exil à la montagne. Le palais royal s'est mué en chalet, et le moral des troupes n'est pas bon : le roi est gravement déprimé et le chambellan ne sait plus à quel saint se vouer. Un conseiller en image ne serait pas de trop. En guise de spin doctor sauveur de dynasties enlisées, c'est l'improbable Robinson, dandy dérangé atteint d'une incontrôlable logorrhée verbale et héros récurrent d'Olivier Cadiot déjà apparu dans "Futur ancien fugitif", "Le Colonel des Zouaves" et "Retour définitif et durable de l'être aimé", qui débarque...

Vous l'aurez compris : Un nid pour quoi faire n'est pas tout à fait un gentil roman prévisible D'ailleurs, ce n'est même pas vraiment un roman. Plutôt une oeuvre inclassable et atypique qui mélange allégrement tentative volontairement sabotée de roman et tentation poétique, oralité et lyrisme. Une fiction hybride où l'histoire, tirée par les cheveux à souhait, n'est qu'un prétexte ironique pour trousser un récit hallucinant, halluciné et délirant où forme et fond sont remis en question, triturés et réinventés. Du littéraire pur sucre, en somme. Et pourtant Un nid pour quoi faire n'est pas ennuyeux à périr. Pas plus qu'hermétique ou incompréhensible. Au contraire. Il y a un plaisir relevant du jeu à suivre les tribulations drolatiques de Robinson semant une pagaille noire au milieu d'une théorie de courtisans réactionnaires et déboussolés, une jouissance presque physique à se laisser manipuler par les inventions et les chausse-trappes dont le trublion Cadiot truffe son conte iconoclaste, mines littéraires explosant à la face d'un lecteur ravi d'un tel feu d'artifice. Car "Un nid pour quoi faire" est drôle, cocasse, à mourir de rire même. Et d'une élégance suprême, puisque le colossal travail sur la langue mené par Cadiot, sa profusion verbale vertigineusement sophistiquée qui ne peut être le résultat que d'un travail acharné et obsessionnel, coule sans effort apparent jusqu'à paraître aller de soi.

Ne voir dans "Un nid pour quoi faire" qu'un (brillant) exercice de style serait cependant gravement lacunaire. Ce mille-feuille aérien est susceptible d'une lecture à plusieurs niveaux, de nouvelles dimensions affleurant sans cesse à sa surface. Saveurs sucrées : ludique et sensuel, sa lecture à haute voix est plus que chaudement recommandée, tant cette déclaration d'amour au langage oral se prête à l'exercice. Saveurs amères : existentiel et profond, ses pirouettes narratives sont autant d'exorcismes pour conjurer le mauvais sortilège de la condition humaine, son vide et son absurdité. Un continent sombre déjà exploré par Beckett et Kafka, dont les ombres planent en permanence, mine de rien.

Alors un conseil : pour filer la métaphore littéraire et culinaire initiée précédemment, oubliez au moins pour cette fois la restauration rapide ou les surgelés, et tentez la haute gastronomie. À l'instar de ce chef catalan qui élabore des mets impossibles et inconnus dans sa cuisine laboratoire, Olivier Cadiot a mitonné pour vous un petit festin expérimental et délectable. Dévorez donc sans retenue ses tapas, anti pasti divers et autres zakouskis. Vos papilles d'ordinaire moins gâtées en seront ravies.
[bio]
Olivier Cadiot
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Olivier Cadiot est né en 1956 à Paris. A quinze ans, cet admirateur de Proust, Pérec et Mallarmé écrit déjà de la poésie, mais ne songe pas tout de suite à publier ses textes, préférant en faire la lecture, notamment en collaboration avec Emmanuel Hocquard, durant la majeure partie des années 80. Cette manière de procéder remplace en quelque sorte la publication pendant un temps, et ce n'est qu'à l'age de 32 ans qu'il publie enfin son premier livre, L'Art poétic (P.O.L, 1988). Il a depuis signé, toujours chez P.O.L, Roméo & Juliette (1989), Futur ancien fugitif (1993), Le Colonel des Zouaves (1997), Retour définitif et durable de l'être aimé (2002), Fairy queen (2002) et 14.01.02 (2002). Il multiplie en parallèle les expériences dans des domaines aussi divers que le théâtre, où il a adapté - en collaboration avec Ludovic Lagarde - certains de ses textes ou revisité des classiques comme le Platonov de Tchekov, ou la musique, en signant des textes pour Alain Bashung ou Rodolphe Burger.