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[critique]
La valse lente des tortues

++_ Danse étourdissante et macabre

par Marie-Pierre Créon le 13-03-08

Coup de coeur et de foudre pour un roman qui, dès la première page, vous donne l'intuition que vous n'allez plus le lâcher sans parvenir à la dernière ligne, sept cents pages plus loin. "La valse lente des tortues" est un de ces romans qui dissout autour de vous le lieu où vous vous trouvez, les gens qui vous entourent, vos préoccupations matérielles... Vous savez... comme lorsqu'on s'attarde négligemment sur un présentoir à ouvrir une page d'une nouveauté littéraire, au hasard. Et que le prodige s'accomplit : l'histoire nous absorbe, on ne fait plus qu'un avec le personnage principal, notre vie se dédouble.

"La valse lente des tortues": le mystère et déjà ancré dans le titre, énigmatique et flottant. Est-ce un récit sur ces chéloniens -terme savant pour définir ces rampants aquatiques ? Pas vraiment... Les inconditionnels de l'auteur retrouveront avec plaisir tous les personnages de son précèdent roman, "Les yeux jaunes des crocodiles", et de suivre avec avidité leur destinée. Les novices pourront se permettre de les découvrir sans risque d'incompréhension.

L'histoire est celle de Joséphine Cortès, jeune femme timide et auteur à succès d'un premier roman. Joséphine est une victime : victime de sa timidité, de sa politesse, de sa peur de la vie. Ecrasée par une mère dépourvue d'amour à son égard et une grande s½ur autrefois auteur et mondaine éblouissante devenue dépressive, Joséphine tente de se construire. Un mari disparu tragiquement en Afrique dans la gueule d'un crocodile, deux filles, Hortense l'aînée à tête dure et Zoé la douce bientôt un pied dans l'adolescence, un pâle fiancé trop distant, son déménagement dans un immeuble chic du XVIème arrondissement... Et puis, il y a Philippe, son beau-frère qu'elle aime en secret... Un soir d'automne, son existence est chamboulée lorsqu'elle manque de se faire poignarder par un inconnu. Dès lors, sa vie se trouve menacée et va basculer dans un imbroglio passionnant où vont se croiser différents personnages, des meurtres, le fantôme d'un époux à la disparition incertaine, maîtresses et faits étranges... Difficile de résumer la formidable toile tissée par Katherine Pancol sans rien en révéler. L'auteur a crée avec une minutie d'horloger des personnages forts, identifiables, attachants, détestables avec une telle vérité dans les dialogues, une habilité dans la description de chaque portrait, qu'il est impossible de se résoudre à abandonner sa lecture. L'écriture de Katherine Pancol est magnétique.

Impossible de ne pas s'attacher à Joséphine et de ne pas retrouver un peu de soi dans ses doutes, ses peurs, ses pensées. Un portrait de femme peint comme une exquisse délicate, vivante, avec un naturel bluffant. Katherine Pancol est une artiste du quotidien, saisissant avec précision les mille et unes petites choses qui nous entourent, que nous avons tous pu vivre, penser et ressentir au cours de notre existence. Elle nous entraîne irrémédiablement avec elle, à travers les mystères qui hantent les habitations cossues de la résidence, théâtre de secrets enfouis, de rivalités sociales, de laideur et de passions humaines... Katherine Pancol fait évoluer ce microcosme avec ardeur et justesse.

A la fois roman policier, thriller, récit romanesque peuplé d'histoires palpitantes et épicé par un brin de mysticisme, "La valse lente des tortues" est un formidable kaléidoscope où chaque personnage possède une psychologie travaillée dans le détail. Chez Katherine Pancol, rien n'est dû au hasard. Avec une intelligente intuition, elle s'est immiscée dans la peau de Joséphine, Iris, Hortense, Philippe et les autres... A chaque chapitre, on succombe, on s'impatiente. De bout en bout, le lecteur est tenu en haleine, taraudé par ces mots : "La valse lente des tortues"... Mais pourquoi ce titre ? Au point de refermer la dernière page, soulagé d'avoir enfin la réponse et triste à la fois, envahi par la bienheureuse sensation d'amis que l'on quitte après avoir partagé avec eux une belle tranche de vie. Katherine Pancol donne une nouvelle fois la preuve de son talent dans un roman virevoltant, optimiste et violent qui se laisse dévorer avec une délectation d'ogre.
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Fiche livre
Titre:La valse lente des tortues
Auteur:Katherine Pancol
éditeur:Albin Michel [7]
Dates:
- 2008 [1 date]
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Couverture
Couverture
Extrait
Elle se sentit tirée en arrière, écrasée par un bras, bâillonnée par une main, pendant que l'autre, un homme la frappait à plusieurs reprises en plein c½ur. Elle pensa aussitôt qu'on voulait dérober son paquet. Son bras gauche réussit à maintenir le colis d'Antoine, elle se débattit, résista de toutes ses forces mais suffoqua. Elle étouffait, crachait et finit par tout lâcher en se laissant tomber à terre. Elle eut juste le temps d'apercevoir des semelles de chaussures de ville lisses, propres, qui la frappaient sur tout le corps. Elle se protégea de ses bras, se roula en boule. Le paquet glissa. L'homme sifflait des injures, salope, salope, enculée de mes fesses, sale conne, tu la ramèneras plus, tu ne prendras plus tes grands airs de pétasse, tu vas la fermer, connasse, tu vas la fermer ! Il martelait des obscénités en redoublant ses coups. Joséphine ferma les yeux. Demeura inerte, un filet de sang coulait de sa bouche, les semelles s'éloignèrent et elle resta allongée au sol.
Elle attendit longtemps, puis elle se redressa, s'appuya sur les mains, les genoux, se releva. Happa l'air. Aspira profondément. Constata que du sang coulait de sa bouche, de sa main gauche. Buta contre le colis resté à terre. Le ramassa. Le dessus du paquet était lacéré. Sa première pensée fut : Antoine m'a sauvée. Si je n'avais pas porté ce colis sur mon c½ur, ce colis contenant les restes de mon mari ; la chaussure de jogging à semelle épaisse, je serais morte. Elle songea au rôle protecteur des reliques au Moyen Âge. On gardait sur soi, enfermés dans un médaillon ou une bourse de cuir, un bout de robe de sainte Agnès, une semelle de saint Benoît et on était protégé. Elle posa ses lèvres sur le papier d'emballage et remercia Antoine.

Bio
Katherine Pancol
Katherine Pancol
Journaliste et écrivain française née au Maroc.

Elle a cinq ans quand elle arrive en France. Elle devient professeur de lettres classiques, puis journaliste pour Paris-Match et Cosmopolitan. Remarquée grâce à son style, elle publie son premier roman en 1979, "Moi d'abord". Le succès est immédiat. Le public accroche à son écriture fluide et poétique, à la vérité des situations décrites, à ses personnages en quête d'amour. Deux ans plus tard, elle publie tour à tour "Scarlett, si possible", "La barbare", "Les hommes cruels ne courent pas les rues". Après d'autres succès dans les années 1990-2000, tels que "Embrassez-moi", "Une si belle image", "Et monter lentement vers un immense amour", elle signe en 2006 le premier opus d'une trilogie "Les yeux jaunes des crocodiles", l'un des best-sellers de l'année. En 2008, sort le second opus, "La valse lente des tortues".