'J'ai beau, pensait-il, l'oublier ou faire semblant, il faudrait que je cesse de me croire vivant.
Je fais une maison, je tombe amoureux au moment précis où mon corps ne veut plus de moi, où il me quitte. Il ne s'oppose pas à ce que ma tête agisse à sa guise, qu'elle se raconte des histoires qui l'enchantent, mais il me fait clairement savoir de ne plus compter sur lui. Fini. Plus le moindre soutien. Si l'échéance était pour demain, ce serait plus clair. Mais non, il s'amuse à me laisser bénéficier de lui encore quelques mois, le temps de mettre en place une nouvelle façon de vivre, plus pleine, plus riche que celle qui l'a précédée, car il faut bien l'avouer, avant, c'était plutôt raté. Et maintenant aussi, forcément, ca va l'être puisque la débilité va me gagner et que l'équilibre auquel je tends, si tard dans ma vie, n'est là, en fin de compte, que pour augmenter mon désarroi. Je ne parle pas de révolte, il ne servirait à rien de se révolter, je ne peux qu'espérer que le temps, notion sûrement malléable, voudra loger ce que la vie me propose d'y glisser.''