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[critique]
Finn Prescott

++_ L'irrésistible ascension de Jérôme Lambert

par Jerôme Farssac le 07-02-07

Les titres, chez Jérôme Lambert, ne doivent rien au hasard. Relevant du manifeste bien plus que du clin d'oeil, ils annoncent sans ambages la couleur. Il y a quatre ans déjà, il empruntait à Dominique A. sa "Mémoire neuve" pour signer l'une des très bonnes surprises de la rentrée littéraire de septembre 2003. Avec une autorité étonnante pour un premier roman, il y déjouait toutes les préventions que l'on pouvait nourrir à son égard. Pensez : un jeune auteur français gay donnant dans l'auto-fiction. De quoi avoir des sueurs froides. En lieu et place de la catastrophe annoncée, son monologue grave et altier renouvelait par ses fulgurances un genre que l'on pensait plongé dans un coma dépassé, abîmé sans retour par la médiocrité et la prétention crasses des tristes tentatives préalablement commises par nombre de ses petits camarades. Du coup, on l'avait un peu vite étiqueté : jeune auteur français, gay et talentueux, donnant dans une auto-fiction fiévreuse à la beauté parfois terrassante. Mais Jérôme Lambert ne doit pas beaucoup aimer les étiquettes et les formules. La preuve : il revient pile là où on ne l'attend pas. À mille lieux de la veine viscérale très hexagonale de son premier récit, c'est cette fois-ci du côté de la littérature anglo-saxonne qu'il nous entraîne, ainsi qu'il nous en prévient d'emblée en chipant à Sylvia Plath le héros de sa nouvelle, "Le jour où Monsieur Prescott est mort", pour le faire sien.

Pile là où on ne l'attend pas, vraiment ? À y regarder de plus près, il y a une certaine logique pour cet anglophile, à l'admiration avouée pour Jane Austen, Henry James ou Edith Wharton, à investir ce territoire-là. Garçon de bonne famille un peu terne, Finn Prescott se croit voué à un destin hors normes. Agité d'illusions aussi naïves que grandiloquentes, ce benêt attendrissant et velléitaire se fourvoiera dans toutes les illusions à sa piètre portée : la connaissance, les voyages, l'amour, l'amitié. Avant de se fracasser contre l'infini prosaïsme de son destin d'obscur médecin de province largué par sa femme. Tout comme "La Mémoire neuve" n'aurait pu être qu'une énième resucée sur le thème rebattu du " Moi et mon nombril à Saint Germain des près ", le radical pari de Jérôme Lambert courait le risque de virer à l'exercice de style. Mais nulle parodie inutile et grimaçante sous sa plume. Avec une délectation presque palpable, il réinvente une forme de littérature pourtant surannée. Et se réinvente aussi comme écrivain avec ce roman d'apprentissage qui lorgne avec brio du côté d'Evelyn Waugh ou Nancy Mitford. De ses prestigieux aînés, Lambert a retenu la leçon fondamentale : la vie est une tragédie qu'il convient de ne pas prendre trop au sérieux, et l'on ne saurait faire la chronique de rêves brisés sans un minimum de distance.

Ce n'est pas un mince compliment : sarcastique et désespéré, on jurerait son "Finn Prescott" traduit de l'anglais. Des romans British de la première moitié du XXe siècle, il possède la concision, l'élégance et l'ironie. Avec lui, Jérôme Lambert déjoue tous les pronostics, et prend un risque, un vrai, celui de l'insolence. Car il y a de l'insolence, presque de la subversion, à oser comme il le fait un objet littéraire aussi improbable que jouissif.
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Fiche livre
Titre:Finn Prescott
Auteur:Jérôme Lambert
éditeur:L'Olivier
Dates:
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UNDEF
Extrait
"Comme il écrivait bien ! Et combien ces missives recelaient de mots, de tournures et de formules exceptionnels qui faisaient de lui l'épistolier idéal, l'homme de lettres parfait et tant attendu par son siècle ! (...) Finn Prescott était devenu un intellectuel. Il pensa bien un jour acheter une liasse de cahiers d'écolier et une poignée de stylos neufs pour coucher tous ces projets déjà écrits dans sa tête sur le papier, mais l'envie, le courage et la passion s'évaporèrent en lui à la seule idée de se diriger vers la papeterie du bout de la rue. Et c'est ainsi que les chefs-d'oeuvre de Finn Prescott, qu'hier encore la postérité réclamait à grands cris, furent délaissés au profit de grasses matinées délicieuses et de beignets aux pommes recouverts de sucre."

Bio: Jérôme Lambert
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Jérôme Lambert est né à Nantes en 1975. Il vit aujourd'hui à Paris et travaille dans l'édition. Son premier roman, La Mémoire neuve, a paru aux éditions de l'Olivier en 2003. Il écrit aussi des romans pour la jeunesse aux éditions L'école des Loisirs.