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Expodrome

+++ Voyage sur la lune

par Clémence de Cambourg le 16-02-07

LUNAIRE ! La nouvelle exposition de l'artiste française Dominique Gonzalez-Foerster présentée depuis ce matin du 14 février au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris est lunaire ! À entendre au sens d'incroyable, bien sûr (Qui n'a jamais dit d'une bonne expérience qu'elle était " lunaire " ! "), mais aussi comme extra planétaire...

Pour " Expodrome ", sa première exposition personnelle présentée dans l'espace moderniste surplombant la Seine, Dominique Gonzalez-Foerster - alias DGF - propose un ensemble d'oeuvres, qui, comme un satellite, tourne autour d'un thème : le voyage exploratoire. À des années lumières de la rétrospective stéréotypée, la lauréate du Prix Marcel Duchamp en 2002 a favorisé la présentation d'oeuvres collégiales en proposant une série d'espaces-temps crées en collaboration avec d'autres artistes contemporains qui laissent délicieusement rêveurs et vaporeux. " Promenade ", " Panorama", " Tapis de lecture ", " Cosmodrome " et " Solarium ", nous replongent dans la science-fiction littéraire et cinématographique des années 70 en quête d'univers inconnus, nous éclipsant, le temps d'un court voyage (dommage), du train-train terrestre.

Créateurs de mode, architectes, illustrateurs sonores, cinéastes...Dominique Gonzalez-Foerster sait s'entourer d'artistes à la créativité bouillonnante. Dans " La jetée " (en référence au film éponyme de Chris Marker réalisé en 1962), oeuvre crée avec le styliste Nicolas Ghesquière, l'artiste propose une accumulation de blocs grisés entrechoqués au sol dans lequel nous devons nous frayer un passage avant d'être propulsé dans l'espace intitulé " Promenade ". Oeuvre invisible mais sonore, " Promenade " (sonorisée par le musicien Christophe Van Huffel), nous plonge dans les profondeurs de la végétation tropicale où il flotte à torrent. Oui ! L'eau, ça mouille, seulement là, c'est notre âme et nos sens (en l'occurrence l'ouie) qui en prennent un coup. Pour maximiser l'expérience auditive en traversant ce monde détrempé, il suffit de fermer ses mirettes. Inutile d'ouvrir son pépin ! Chez Dominique Gonzalez-Foerster, les objets restent au placard. Et c'est parce que ses oeuvres ne sont pas objets mais sensations.

Le clou du voyage, après avoir découvert " Panorama " (oeuvre objectivement la moins " sensationnelle " de l'expo présentant une vision lumineuse et nocturne des ensembles urbains de la planète), reste l'espace intitulé " Cosmodrome ", réalisé en 2001 en collaboration avec l'artiste chanteur suédois Jay-Jay Johanson. Nous intégrons un espace sombre et sommes invités à nous asseoir à même le sol, sur un tapis de doux gravillons dans lequel on s'enfonce agréablement comme dans un pouf fourré de micro billes en polystyrène. " Cosmodrome " est un son et lumière (séquence de 9 minutes) générateur de sensations fortes nous transportant au coeur de l'univers et de la science. Alors que nos yeux s'écarquillent devant ce spectacle de lumières et formes fluorescentes rendant fièrement hommage aux Star Wars de George Lucas, nos oreilles pénètrent la profondeur des sons proposés par Jay-Jay Johanson, comme celle de la surprenante voix à la William Burroughs nous guidant tout au long de la séquence. On sort de l'espace clos...la tête dans les nuages. Dans le cosmos. Et on a franchement pas envie d'en revenir. Alors, si vous avez besoin de faire perdurer l'évasion (assurée), allongez-vous tranquillement sur le " tapis de lecture ", les grands livres de science-fiction s'y empilent... Et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury trône. Forcément.

Clémence de Cambourg