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[critique]
M : nouvelles du monde renversé

++_ Altérations biologiques

par Clémence de Cambourg le 07-02-07

Au " Tokyo Eat ", restaurant du Palais de Tokyo, on peut s'amuser à flâner entre les chaises peinturlurées par l'artiste André et découvrir des autocollants en tout genre...L'un d'eux, ajusté sur une chaise en plastique vert, annonce en lettre capitale : " NERVOUS BREAKDOWN ". En se rendant à la nouvelle série d'expositions du laboratoire artistique contemporain, cet adhésif laisse à réfléchir...Nervous breakdown...Il faut dire que dans notre environnement actuel, le mot " dépression " est devenu très à la mode. Tellement " fashion " que personne ne s'en cache, accoudé au zinc d'un bar-tabac, dans le métro ou même chez son coiffeur! N'exagérons pas tout de même, le tableau de notre société actuelle n'est pas noir charbon. Mais il faut avouer que pour certains, la prise de repère n'est ni naturelle, ni aisée.

Alors posons nous la question : une oeuvre d'art, plus qu'un résultat, pourrait-elle devenir l'opérateur de renversements dans le temps et dans l'espace, nos deux points de repère maître? C'est un sujet sur lequel les artistes participant a l'exposition " M - Nouvelles du monde renversé ". (Tatiana Trouvé, Michel Blazy, Joe Coleman, David Noonan et le duo français Daniel Dewar & Grégory Gicquel) ont travaillé. Leurs travaux interrogent la consommation du temps et de l'espace en bouleversant ainsi nos codes de la perception. Les artistes Michel Blazy et Peter Coffin, dans deux styles différents mais aussi originaux et radicaux, sont épatants et raflent ici tout notre intérêt.

Par ses créations d'espaces fragiles et périssables, Michel Blazy gagne, et de loin, le césar du meilleur artiste de l'exposition. Ses installations et ses sculptures se construisent et s'appréhendent petit à petit, dans le temps et dans l'espace. Si aujourd'hui une oeuvre est comme ci, alors demain elle sera comme ça... L'artiste français représenté par la Galerie Art :Concept se passionne pour les matières animales, végétales et comestibles, comme la peau de bête, la feuille de plante et la purée de carotte. Dans la grande salle arrondie du Palais qui lui est réservée, on circule entre un monticule de vermisseaux, des poules enrobées de Danette au chocolat, des murs craquelés de purée d'aubergine, un squelette crée avec des biscuits pour chien, mais aussi des champignons atomiques moisissant. " Imaginez l'odeur de cette salle dans quelques semaines ! " lance un chargé de la communication de l'exposition endimanché pour l'occasion. Là réside l'intérêt majeur de la démarche de Michel Blanzy : l'observation des métabolismes et l'évolution de la matière dominée par le temps qui passe. Blanzy se passionne pour la métamorphose des matières. Ce changement d' état devient alors la clé du développement de ses oeuvres, et plus leur raison d'être. Ce cabinet de curiosités naturelles est très surprenant. Il faut y retourner toutes les semaines !

Dans une autre salle, Joe Coleman, artiste multiforme de la scène new-yorkaise, présente une série d'acryliques marquant sa fascination pour la psychopathie et les serials killer. Monomaniaque du détail, Coleman propose des saynètes morbides susceptibles de révulser les sensibles. Les audacieux eux se concentreront sur la technique de l'artiste, véritable géni du pinceau. En revanche, on n'a vraiment pas envie de se concentrer sur l'installation " Double Bind " de Tatiana Trouvé. Si elle veut nous interroger sur la fragmentation de l'espace et du temps par la mémoire, y songer face à ses travaux ne nous démange pas. Cadenas accrochés à des grosses pierres, barreaux noirs entourant des étals de chaînes façon SM... Dans sa salle, le " nervous breakdown " est envisageable...

Parallèlement, le Palais de Tokyo a concocté une série de " projets spéciaux " et l'un d'eux est tout à fait original. Son auteur ? Peter Coffin. Comme Blazy, il s'intéresse aux transformations de la nature. L'artiste propose une serre remplie de plantes vertes qui accueille des musiciens de la scène parisienne expérimentale. Pour l'ouverture de l'exposition, c'est le groupe " Minitel " qui a fait vibrer les feuilles du petit espace clos en verre. Les quatre artistes du groupe en furie ont à eux seuls provoqué des sons susceptibles de rendre jaloux les organisateurs de rave party dans les champs. Il ne sert à rien d'hurler, mais les spirituels disent que les plantes ont une âme et qu'il n'est donc pas effarant de voir quelqu'un leur parler. De quoi satisfaire les communicants n'ayant pas vraiment la main verte...

Clémence de Cambourg
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Fiche
Dates:
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Peter Coffin “Greenhouse”
Peter Coffin “Greenhouse”
Joe Coleman “Faith” (1996)
Joe Coleman “Faith” (1996)
Michel Blazy “Post patman” (Vue générale)
Michel Blazy “Post patman” (Vue générale)
Tatiana Trouvé “Polder” (2006)
Tatiana Trouvé “Polder” (2006)