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vsprs

-__ stupeur et tout le tremblement

par Louis-David Mitterrand le 19-10-07

La liberté est une merveilleuse chose qui nous permet de voir des artistes s'affranchir de tout formalisme, exprimer sans contrainte une palette très large de sentiments. Cette absence de limites extérieures devient un piège lorsque le créateur oublie de s'en imposer à lui même. La modernité a certes ouvert des voies, mais elle a aussi transféré la charge de la rigueur et de l'exigence depuis les conventions sociales vers la tête du seul artiste. Les déserts sont plein des restes de voyageurs partis sans feuille de route. Les grands espaces ouverts de la création contemporaine ne peuvent être que l'objet d'une conquête préparée, organisée et systématique, à défaut il convient de s'en tenir à une respectueuse distance, tel un jardin zen dont la simple contemplation du vide doit suffir au bonheur.

Pourquoi ce pondéreux préambule? A mon sens VSPRS fait déjà partie des ossements de ceux qui ont tenté le voyage sans atteindre l'oasis. A force de louvoyer la caravane finit par tourner en rond et répandre son précieux fluide dans les sables brûlants. Le propos est confus, part dans toutes les directions et s'étiole. L'intérêt pour le spectateur est comparable à celui d'une cour d'école à l'heure de la récréation: la contemplation de cette énergie brute amuse quelques instants, puis finit par lasser. Le spectacle est clairement collectif autour d'une musique inspirée des "Vêpres de la Vierge" de Monteverdi. Chacun fait un peu ce qu'il veut sur scène. Quelques ensembles d'ailleurs pas inintéressants servent de transition a des grappes chaotiques de solos. Paradoxalement la main du chorégraphe devient beaucoup trop visible par le rapiéçage qu'elle a du effectuer pour constituer un tout des ces morceaux. A part ça l'épanchement individuel reste la norme par des cris, des récitations et des convulsions qui veulent passer pour des transes.

Un autre aspect fâcheux est la laideur du décor, constitué d'un amoncellement de slips. En principe je n'ai rien contre les sous-vêtements ni leur présence sur une scène, mais la montagne en question est une verrue visuelle totalement gratuite. A moins qu'elle ne serve à amuser deux contorsionnistes qui passent leur temps à grimper dessus quand ils ne marchent pas sur les mains. Ces performances physiques n'aident pas à sortir de la futilité générale du propos, qu'il soit religieux, politique ou consacré à telle cause ou indignation du moment. Lorsqu'un personnage essaye, à grand renfort de miettes sur la scène, de s'enfoncer une miche de pain dans le ventre, le message subit de sérieuses pertes enligne. Manier ainsi les symboles impose une certaine clarté, ou tout au moins la dérision. On en est loin.