C'est quoi l'IRCAM? Encore un organisme un peu mystérieux et même carrément impénétrable pour le contribuable moyen qui lui verse quelques euros à son insu chaque année. Situé à proximité immédiate du centre Pompidou, il partage avec ce dernier un avant-gardisme un peu émoussé, pittoresque. C'est l'idée qu'on se faisait de l'avant garde il y a trente ans, mais complètement figé. Le principe même d'avant-garde apparaît comique de nos jours, où l'on est revenu de toutes les transgressions, les horreurs et autres non-sens artistiques. Néanmoins, il y a encore en France une nébuleuse d'organismes survivants d'une époque où l'on voulait faire de la recherche en art. Le triomphe de l'informatique personnelle a mis entre toutes les mains les moyens de faire de la musique électronique et personne ne s'en est privé. Ce faisant, il me semble que la recherche a beaucoup avancé dans ce domaine, et pas seulement au bénéfice des teuf'eurs qui s'amusent à attraper des acouphènes devant des murs d'enceintes en pleins champs. Ce qui compte vraiment c'est la diffusion populaire d'un art, sa faculté à pénétrer les couches les plus résistantes de la société, celles dont le fameux "temps de cerveau" est déjà si sollicité par les mass-média. Où est l'empreinte de l'IRCAM à ce compte? Il faudrait sans-doute créer un nouvel organisme pour répondre.
Oui je sais, je fais du mauvais esprit, mais le parcours des longs couloirs d'un tel institut pour en rejoindre la salle de spectacle, la vision de ces locaux en plein Paris, des moyens impressionnants, tout cela concourt à instiller le doute dans l'esprit du citoyen-mécène. Et quand on en sort c'est pire. Oui, car on a entendu la mise en son réalisée par cette maison de trois pièces chorégraphiques commandées au CNSMD de Lyon. Trois chorégraphes sont partis puiser des danseurs dans ce conservatoire et les tremper dans une préparation sonore concoctée par l'IRCAM. Le résultat est généralement assez fade. Deux raisons principales: d'abord ces univers sonores électroniques sont froids et datés, ensuite les récits dansés sont exempts d'humour, d'ironie, d'émotion, de légèreté. Ce sont généralement des mondes pré ou post apocalyptiques, minéraux, conceptuels, déshumanisés. Les danseurs semblent écrasés par le sérieux d'un son censé être le fruit de recherches avancées en acoustique. Le plateau est jonché de corps-objets bâillonnés voués à une tâche impossible de représentation de l'absurde. Il y a bien trois pièces de vingt minutes par trois compositeurs et chorégraphes différents mais leur homogénéité est frappante par le conformisme qui s'en échappe.
Réveillez-vous (et réveillez-nous au passage)! Le hip-hop et la techno sont passés par là. Il n'est vraiment plus temps de fonctionner ainsi en boucle dans un univers technique, protégé, publiquement financé, et dispensé d'émouvoir le grand public. Avec trois bouts de ficelle, des danseurs de rue ont plus de pertinence. Certes le public venu ce soir là à l'IRCAM a bien manifesté à l'issue de chaque pièce, il y a eu de longs applaudissements et quelques "bravos". Mais on est entre spectateurs avertis, dont beaucoup semblaient même être "de la partie", entre soi quoi. Ne pas applaudir eût été admettre n'avoir rien compris au schmilblik, même s'il n'y a rien à comprendre, et, malheureusement, rien à ressentir.