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[critique]
Sans arme ni haine ni violence

++_ Bouffon cambrioleur

par Anne Eyrolle le 15-04-08

1976, les coffres de la Société Générale de Nice sont vidés. A l'origine de ce casse spectaculaire, quelques mafieux réunis autour de l'organisateur, Albert Spaggiari, illustre inconnu bien décidé à devenir encore plus célèbre que Mesrine. Et çà marche : grâce à ce casse, grâce à une évasion remarquée, en sautant par la fenêtre lors de l'audience chez le juge d'instruction, mais aussi grâce à un sens aigü de la comm'. En cavale en Amérique du Sud avec sa femme, Albert Spaggiari continue, en toute ambiguité, à faire grandir sa notoriété tout en restant libre et incognito. Il rencontre des journalistes, répond à des interviews, change régulièrement de déguisement pour ne pas être retrouvé mais n'hésite pas à clamer son nom dans la rue à ceux qui le dénigrent...

Anonyme en mal de reconnaissance, moins voleur que comédien, plus mégalo que généreux, d'abord sympathique mais au fond raciste et simplet, plus clown que voyou, ce personnage bourré de paradoxes avait tout pour séduire un comédien avide de métamorphoses et de pitreries, tel que l'ex-Robin des Bois, Jean-Paul Rouve. L'acteur cantonné jusque là aux seconds rôles s'offre un rôle de vedette -tordue et piètre, certes, mais vedette tout de même. Et c'est avec une joie évidente qu'il enfile les perruques, costumes, lunettes, barbe et autres accessoires de celui qui voudrait se faire passer pour un gentleman cambrioleur ami d'Alain Delon.

Son approche très fine et sensible du personnage en cerne avec justesse le caractère mégalo et infantile -sans doute propre à nombres de voyous. On peut cependant lui reprocher sa grande mansuétude, à la limite de l'admiration : malgré ses bouffonneries et quelques répliques qui dénoncent sa bêtise, Spaggiari sort plutôt grandi de ce biopic. Séduit par sa folie du paraître et du jeu, Rouve manque de méchanceté à son égard. On l'attendrait souvent plus acerbe, plus nerveux, moins lisse et moins attendri. Une déception qui vaut pour le scénario dans son ensemble, frappé d'une mollesse qui, si elle sert l'atmosphère pesante et nonchalante d'Amérique du Sud, finit par trahir une certaine pauvreté du récit. Décidé à insister sur la psychologie de son personnage, Rouve fait passer les faits (le casse, la vie en cavale...) au second plan, au risque de vider le scénario de sa substance.

La révélation de ce film, c'est Rouve réalisateur : dès le générique, il rend compte d'un goût obsessionnel pour l'image. La reconstitution façon années 80 est impeccable, le plan est toujours minutieusement travaillé, le regard s'attarde sur les formes (souvent géométriques) et les couleurs avec un sens remarquable de l'esthétique, la B.O. est excellente... Pour son premier long métrage, Rouve propose une réalisation orginale, audacieuse et clairement identifiable. Un réalisateur à suivre, donc.
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Fiche cinéma
Titre:Sans arme ni haine ni violence
Producteurs:Pauline Duhault
Aïssa Djabri
Farid Lahouassa
Réalisateur:Jean-Paul Rouve
Comédiens:Jean-Paul Rouve
Alice Taglioni
Gilles Lellouche
Scénaristes:Jean-Paul Rouve
Benoît Graffin
Dates:
- 2008 [1 date]
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Affiche
Affiche
Le casse signé Spaggiari & Co
Le casse signé Spaggiari & Co