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[critique]
Désengagement

+__ Attaches

par Anne Eyrolle le 25-03-08

A l'occasion de la mort de son père, Ana reçoit chez elle en Avignon la visite de son demi-frère israëlien, Uli. Policier, il doit bientôt repartir pour Gaza pour participer au retrait des colons de la région. Ana décide de l'accompagner, pour y retrouver sa fille qu'elle a abandonné à la naissance dans un kibboutz, vingt ans plus tôt.

En Israël, le film a déjà provoqué une polémique, comme souvent quand la signature est celle d'Amos Gitaï. La télévision israëlienne a d'ailleurs retiré son soutien à la réalisation prétextant que Gitaï ne vivait pas dans le pays -alors qu'il réside entre Paris, Haïfa et Tel Aviv... Ce parfum de scandale est-il justifié? Le nouveau film de Gitaï porte t-il un message si explicitement critique à l'égard de la politique d'Israël? Ce serait beaucoup dire, sinon se tromper de film. Car paradoxalement, ce "Désengagement" est peut-être la réalisation de Gitaï dont le message est le moins clairement engagé. On peine, en tout cas, à en cerner tout à fait la portée : est-ce qu'il s'agit d'une critique des colons, refusant de quitter des terres qu'ils se seraient arrogé sans droit? Est-ce plutôt le comportement des policiers et militaires Israëliens qui doit nous révolter, par sa froideur et son seul souci d'efficacité? Faut-il écouter la voix hurlante des Arabes derrière les barbelés? Ou celle de la jeune Dana, que l'on arrache de la seule terre qu'elle a jamais connue, aimée et cultivée?

Gitaï ne tranche pas. Il nous laisse dans une certaine confusion face à ces images qui, quel que soit le camp qu'elles montrent, bouleversent. On peut le regretter. Mais on peut aussi y voir la réussite d'une réalisation qui, caméra à l'épaule, filme la réalité de manière quasi-journalistique, comme un documentaire. Soit aussi objectivement que possible. De ce point de vue, les scènes de la préparation des soldats puis du retrait des colons sont remarquables et il faudrait avoir oublié d'allumer sa télé en août 2005 pour ne pas constater la véracité de ces images... A chacun, ensuite, d'en tirer la leçon qu'il veut. Mais ce serait, semble t-il, faire un faux procès à Amos Gitaï que de l'accuser, avec ce film en tout cas, de dénoncer un groupe d'hommes plus qu'un autre.

Ce qu'il donne plutôt à voir, c'est le tourbillon dans lequel tous sont pris et qui brouille la vision et les convictions de chacun. Cet effet est exacerbé avec le personnage d'Ana, projetée sans repère dans rs cet épisode de l'Histoire, alors qu'elle n'est venue que pour régler sa propre histoire intime avec sa fille. Cet entrelacement des grande et petite Histoires est la principale réussite du film et son noeud d'émotions profondes et délicates, grâce à une Juliette Binoche toujours sur le fil.

Sans parler, évidemment, de la mise en scène elle-même. Gitaï a ce talent de savoir prendre le temps de filmer le regard d'une chanteuse qui se voile, l'embrassade silencieuse d'une mère et sa fille, la douleur figée sur le visage d'un rabbin, l'incompréhension sur celui d'une française qui ne saisit pas l'hébreu qu'on lui parle... Chez d'autres, on se plaindrait de lenteur, avec la caméra et les plans simples et impeccables de Gitaï, on est tenté d'y voir la forme de la vérité.

La fragilité de "Désengagement" tient au déséquilibre entre les deux parties qui le composent. La première, à Avignon, autour du père mort, intéresse beaucoup moins que le seconde, à Gaza. Précédé d'un prologue plutôt prometteur sur la rencontre, dans un train, entre Uli l'Israëlien et une palestinienne (si message politique il y a, il est sans doute ici -intelligent et pacifique), ce huis clos tourne bientôt dans le vide. Evidemment, il y a de la beauté dans chaque regard que le réalisateur pose sur cette maison endeuillée et la voix de Barbara Hendricks est sublime. Mais les retrouvailles entre le fils adoptif et sa demie-soeur manquent d'enjeu, de clarté et d'engagement, encore. L'arrivée en Israël est immédiatement plus dense, et pas seulement à cause des agitations Israëliennes et Arabes. Le personnage d'Ana prend de l'ampleur, celui d'Uli se complexifie, la fille, Dana, est aussitôt attachante... On voudrait les voir évoluer dans cet imbroglio politico-affectif, en apprendre plus sur leur parcours, sur leur vision de ce monde déchiré, sur l'impact des événements sur leur propre existence. Mais la fin arrive trop vite, quand le "bon" film de Gitaï (la deuxième partie, donc) commençait à nous emporter.
[archive]
Fiche cinéma
Titre:Désengagement
Producteur:Amos Gitaï
Réalisateur:Amos Gitaï
Comédiens:Juliette Binoche [2]
Liron Levo
Jeanne Moreau
Scénariste:Amos Gitaï
Dates:
- 2008 [1 date]
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Affiche
Affiche
Ana (Juliette Binoche) et son demi-frère Uli (Liron Levo), ou des retrouvailles paresseuses.
Ana (Juliette Binoche) et son demi-frère Uli (Liron Levo), ou des retrouvailles paresseuses.
Une scène de fin qui méritait de figurer au milieu...
Une scène de fin qui méritait de figurer au milieu...