La vacuité du court-métrage projeté d'abord aurait dû servir d'avertissement. L'oeil vide focalisé sur l'horizon mural d'une chambre d'hôtel parisien, Jason Schwartzman reçoit la visite impromptue de son ex, Nathalie Portman. La chambre est spacieuse, la vue est belle, Nathalie est vite toute nue et jolie, elle aussi. Stop. Rien de plus à attendre de Cet "Hotel Chevalier" -c'est le titre de ce court tourné à Paris dans l'Hotel Raphaël par Wes Anderson.
Pas davantage à découvrir dans le long métrage qui suit. Sinon que de belles images, de superbes paysages, de vives couleurs : réduite à sa plus simple caricature, l'Inde propose un décor idéal. Le scénario? Aussi concis qu'un bindi : pour renouer avec ses deux frères qu'il regrette de voir trop rarement, Francis (Owen Wilson) leur donne rendez-vous dans un train, le Darjeeling Limited, pour un périple touristico-spirituel à travers l'Inde. L'objectif final et d'abord caché du frérot : rejoindre leur mère, devenue soeur dans un monastère.
D'ici là, on s'attendrait à ce que les trois comparses vivent toutes sortes d'aventures, de rencontres improbables et hilarantes. Mais à l'exception d'un rapide sauvetage de gamins et d'une cérémonie funéraire vite expédiée, le film se contente des regards vides et inexpressifs des trois personnages sans profondeur ni nuance.
Le casting est irréprochable et alléchant : l'arrivée d'Adrien Brody dans la bande à Wes Anderson promet les meilleures surprises, et pourquoi craindre que Jason Schwartzman et Owen Wilson aient perdu leur humour de tranquilles idiots? Le hic c'est qu'ici, ils n'ont pas de personnages à jouer; les scénaristes (Wes Anderson et Jason Schwartzman) semblaient compter exclusivement sur les comédiens pour inventer leur héros. Du coup, ça patine. La rencontre finale avec la mère, incarnée par une revenante (Anjelica Huston) va, espère t-on, récompenser une heure et plus de patience. Mais non. Ce personnage et son mode de vie ne sont pas plus élaborés.
Le rire? Il s'émet au forceps. Les effets comiques sont quelques très rares et brefs instants à saisir au fil d'une narration interminable et d'une lenteur assommante. Entre comédie potache et plongée dans un pays spirituel, Wes Anderson semble avoir longtemps hésité... sans avoir su choisir. Comme Bill Murray rate son train dans une première scène prometteuse, le réalisateur passe à côté de son film et de l'énorme potentiel que constituent ses comédiens et le lieu de tournage. Du très grand gâchis.