Malgré toutes les productions littéraires, cinématographiques ou documentaires sur la guerre de 39-45, certaines réalités de ce pan de l'Histoire nous restent méconnues. Le SOE par exemple. Peut-être parce que ce service secret de renseignement (Special Operation Executive) a été mis en place, depuis Londres, par Churchill, dans le but de ne pas laisser à De Gaulle le contrôle total des renseignements français (le Général dirigeait, avec le Colonel Passy, le BCRA -Bureau Central de Renseignement et d'Action)... Le rôle du cet organisme a pourtant été essentiel, puisque ses agents ont notamment permis au projet du débarquement de Normandie d'aboutir.
C'est d'ailleurs à cet épisode de la guerre que le nouveau film de Salomé s'intéresse, en se focalisant plus particulièrement sur le rôle de quatre agentes de la SOE. A leur tête, Louise (Sophie Marceau) qui, avec son frère (Julien Boisselier), est chargée de recruter trois femmes pour une mission spéciale. Novices en matière d'espionnage et de combat, ces femmes ne sont évidemment pas choisies par hasard : Suzy (Marie Gillain) danseuse de cabaret, est maître dans l'art de séduire, Gaëlle (Deborah François) chimiste, est spécialiste en explosifs et Jeanne (Julie Depardieu), prostituée, est une tête brûlée au sang froid. Aidée de Maria, juive italienne chargée des système radios, l'équipe est fin prête à réaliser sa mission : éliminer le colonel Heindrich, un officier nazi qui serait sur le point de tout découvrir du projet du débarquement.
L'affiche du film suffit pour comprendre à quel morceau on a affaire : un gros, du lourd, fait avec de gros moyens et plein de grosses ficelles sur lesquelles on ne va pas se gêner pour tirer fort. Ca ne rate pas : en Normandie ou dans les rues de Paris, dans les décors comme dans les costumes, la reconstitution est spectaculaire. Trop, diront certains, qui reprocheront un attachement excessif à la forme et à l'image, au détriment d'une profondeur. Si les figures incarnées par Deborah François et Julie Depardieu révèlent des failles aptes à nous les rendre attachantes et à faciliter l'identification, les autres ne sont abordées qu'en surface. C'est le cas de Louise (Sophie Marceau) surtout, personnage principal dont on ne saura que peu de choses quant à ce qui se joue dans sa tête et dans ses tripes. Les dialogues sont souvent maladroits de pesanteur, les personnages réduits à une caractéristique...
Mais est-ce réellement de la finesse qu'il faut attendre de ce film? Puis ces femmes qui, sans l'avoir toujours choisi, se retrouvaient ensemble à risquer leur vie dans les coulisses de la guerre avaient-elles envie et intérêt à se rapprocher par le lien de la confidence ? La force de cette grosse production historique est de nous replonger dans l'Histoire avec un souci aigu de véracité. Jean-Paul Salomé a eu le grand mérite de choisir un angle original pour aborder ces années 40 en France. On est immédiatement emporté par le destin exceptionnel de ces femmes ordinaires, devenues héroïnes malgré elles. Ceci, dans une esthétique parfaite et une reconstitution minutieuse, ce qui ne gâche rien.