On est loin de la magique beauté d'un "Millenium Mambo" ou d'un "Three Times". Loin, aussi, de ces villes qu'il connaît par et avec le coeur, comme Tokyo ("Café Lumière") ou Taipei ("Millenium Mambo")... Cette fois, Hou Hsiao Hsien livre une image brute du XVIIIè arrondissement Parisien dans lequel il suit le petit monde de Suzanne (Juliette Binoche), artiste vivant seule avec son fils (Simon Iteanu), jusqu'à l'arrivée, pour l'aider, d'une baby-sitter chinoise (Fang Song).
Suzanne se dispute avec son voisin du dessous qui lui doit un loyer, Suzanne perd ses papiers, Suzanne court à ses répétitions de marionnettes, Suzanne fait à manger à Simon, Suzanne déménage le piano... Tant de réalisme anecdotique, ce serait à se demander où est Hou Hsiao Hsien, s'il n'y avait ce ballon rouge qui flottait au dessus de la ville en suivant le petit garçon...
Mais il y a Juliette Binoche, tellement enthousiaste et enthousiasmante qu'elle sait à elle seule entretenir, sinon l'intérêt, en tout cas la curiosité du spectateur. D'une justesse telle qu'elle nous ferait presque croire que nous la suivons dans un reportage sur la vie d'une bobo. Comment ne pas tomber sous le charme de cette Suzanne un peu timbrée et de son adorable Simon? Comme la baby sitter chinoise, on les regarde vivre, dans un désordre chaotique et artiste, avec tendresse, souvent, amusement aussi. Rien que pour ça, on tient le coup. Pour ça et pour cette étrange ambiance liée à l'ambiguité de l'engagement du réalisateur : ni tout à fait saisissable, ni jamais très loin -comme le ballon, justement. Cette ambiance produit des instants de grâce. Du sourire, aussi -la scène avec le déménageur, notamment. Mais surtout, il faut le reconnaître, de l'ennui. Et ce ne sont pas les flottements d'une baudruche rouge dans le ciel (référence au grand classique "Le ballon rouge" de Lamorisse, 1956) qui suffisent à redonner du sens -même poétique- a tant de banalités.