Chasseuse de têtes précaires dans un cabinet de recrutement, Angie est une fille trop indépendante et ambitieuse pour se laisser manipuler par ses employeurs sans scrupules. Avec sa colocataire Rose, elle décide donc de monter sa propre affaire spécialisée dans l'embaûche à court terme. Les postulants ne tardent évidemment pas à affluer : proposer du boulot, même ingrat, mal payé et pour quelques heures, c'est un filon qui vous assure en peu de temps tout plein d'amis venus des quatre coins du monde. Au début, vous êtes pétri de bonnes intentions, évidemment : ne pas tomber dans l'illégalité en employant des sans-papiers, leur assurer une paye en ne travaillant qu'avec des employeurs fiables... Et puis, bah! contourner discrètement la loi et ses propres valeurs, il faut bien avouer que, pour se lancer, ça aide...
Ken Loach est de retour sur le terrain qu'il maîtrise le mieux : la société anglaise et ses dérives contemporaines dépeintes sans concession. Après avoir évoqué les immigrés de la deuxième génération dans "Just a kiss", les effets de la privatisation du rail dans "The Navigators" ou la misère des chômeurs de Manchester dans "Raining Stones", il s'attaque, avec "It's a free world", à l'esclavagisme moderne. Si le sujet n'est pas toujours dense, le film sait devenir passionnant grâce à son héroïne, d'une justesse implacable. Le talent de Loach a été de traiter ce thème en choisissant de ne pas suivre les pas d'un immigré exploité mais plutôt ceux d'une femme dont les faux airs de Pamela Anderson n'en font pas moins une madame tout-le-monde (en Angleterre, s'entend). Impossible de ne pas, sinon s'identifier, en tout cas s'attacher à ce personnage énergique et volontaire. A travers sa lente et irrémédiable chute vers le machiavélisme, Loach peut dénoncer sans trop de moralisme, un système économique dont le cynisme emporte avec lui et malgré eux les motivations les plus saines. Et même si Loach ne peut s'empêcher de punir le mal, et de donner sa voix lucide et engagée à des personnages (Rose et, surtout, le père d'Angie), la conclusion du film éloigne la machine du machiavélisme simpliste. Réaliste jusqu'au bout du scénario, Loach justifie ici, peut-être plus que jamais, sa Palme d'Or reçue en 2006.