"Le menu est mortel", annonce l'affiche en sous-titre. C'est peu dire. "Criminel" conviendrait mieux, pour qualifier ce remake d'un classique de Claude Autant-Lara et de Fernandel en soutane. Tiré d'un fait réel de la mi-XIXème (un couple d'aubergistes condamné à mort, et sans preuve, pour une cinquantaine de meurtres), l'original n'était déjà pas un grand moment de cinéma; tout au plus une comédie noire grand public qui avait le mérite de jouer assez intelligemment sur l'ambiguité du tragicomique.
Pour le côté "grand public", on peut compter sur la bande des Bronzés, réunie autour de Gérard Krawzyk ("Taxi 2", 3, 4, "Wasabi", entre autres) et du producteur Christian Fechner. Mais pour danser d'un pied tragique sur l'autre comique, il faudra repasser. Si les copains "revisiteurs" s'amusent (ce qui reste à prouver), c'est avec la légereté d'une meute de brontosaures. Que Clavier fasse du Clavier (genre Jacquouille), Jugnot du "Bernard Fernandel" (sorte de curé beauf ) et Josyane sa Josyane n'est pas le problème. Cà pourrait même être drôle : de la parodie d'un classique en même temps qu'une autoparodie, pourquoi pas? Le principal défaut du film c'est qu'il n'a pas de ton franchement affirmé ; entre comique, autodérision, parodie, hommage, le film balance constamment, sans trouver son genre ni -et c'est le souci- son humour. Pas une blague qui ne tombe grossièrement à l'eau, pas une mimique qui ne sonne faux. Ici comique rime avec pathétique.
Comment ne pas être pris de pitié pour ce pauvre Jean-Baptiste Monnier (le "Choriste") traînant son aisance d'ado à l'énergie ostréïcole parmi des ex-drôles qui semblent avoir troqué leur humour avec de la surexcitation? Même Demaison, qui amuse d'abord en renouvelant un peu la folie de la troupe, finit par se laisser déborder par l'ambiance générale hippopotamesque. Ils en font des tonnes, et dans un décor et des costumes d'une laideur impitoyable. Sylvie Joly est la seule à sortir à peu près indemne de ce massacre au ridicule, sauvée moins par la réalisation que par sa rareté sur grand écran et son don pour le portrait comique.
Pas beau, pas drôle, (et peut-être même pas travaillé) : si c'est ça, faire du "très grand public" aujourd'hui, il ne nous reste qu'à regretter le temps d'un cinéma élitiste. Façon "Bronzés" et "Visiteurs".