Elle : le regard vide, la solitude douloureuse, la passion (pour la sculpture) éteinte et l'estime de soi perdue dans des gestes mécaniques de mère au foyer. Trompée par son mari mais s'obligeant à rester pour sa fille, ele n'a plus rien, sa vie n'a plus aucune épaisseur.
Lui : Enfermé dans la promiscuité malsaine d'une cellule partagée avec trois autres criminels, condamné à mort pour meurtre (passionnel), sauvé plusieurs fois malgré lui, sa vie n'a plus de sens.
Quand elle entend parler de lui à la télévision, de sa nouvelle tentative de suicide échouée et de sa condamnation proche, c'est comme si sa propre douleur lancinante de vivre se regardait dans un miroir. Elle le comprend... Du moins le croit-elle. Elle décide donc de donner de la vie, en couleur et en saisons, aux derniers jours de son existence. Se faisant passer pour son ex-fiancée, elle lui rend quotidiennement visite, et habite chaque fois le parloir d'une saison de l'année. Elle fait vivre dans la prison ce qui n'y a normalement pas droit d'entrée : la nature, même si c'est avec les artifices d'une tapisserie kitsch, et les émotions, quoique forcées par une femme qui manque elle aussi de souffle pour vivre tout à fait.
De ce scénario d'une simplicité flirtant avec la naïveté, le réalisateur coréen le plus prolixe de sa génération (quatorze films en onze ans) tire une histoire d'amour au bord du gouffre déchirante. Sur fond de mélodrame typiquement coréen, il a l'audace de manier les cordes vives et contraires de la violence, l'horreur, le rire, le ridicule, l'excès et le vide. Prenant tous les risques, y compris celui de perdre son spectateur, il l'entraîne de l'atmosphère grise et morne de la maison de la famille en crise à l'univers carcéral où la sauvagerie cotoie bientôt les champs de fleurs en plastique sur un air de musique populaire mal chanté. Entre le condamné à mort et la morte vivante, qui est le plus libre? Lequel aide l'autre? Au fil d'un récit souvent muet, lent et répétitif, les repères s'effondrent, les frontières se troublent, les sentiments des personnages se chevauchent. Si cette expérience peut d'abord sembler floue, elle laissera à beaucoup, et pour longtemps, des images douces-amères à l'esprit. Et le souvenir de comédiens (comédienne, surtout) d'un talent rare.