Jean-Jacques Annaud est un éternel aventurier. Depuis ses premières réalisations, il se bat pour proposer aux spectateurs un cinéma original, personnel, désobéissant aux lois du formatage devenues toutes puissantes ces dernières années.
Avec "Sa majesté Minor", le réalisateur arrive encore à nous surprendre, en plongeant dans l'onirique et l'absurde comme un enfant qui s'amuse et s'émerveille de ses trouvailles. Ce voyage fantaisiste est une légende antique imaginée dans une île des Cyclades au XVIIème avant JC, une période pour ainsi dire jamais abordée par le septième art. Le réalisateur de la "Guerre du feu" donne une nouvelle preuve de son goût pour les voyages dans l'espace et dans le temps. C'est précisément ce saut dans un passé si lointain qui permet au réalisateur des folies visuelles et scéniques, car le film est un mélange de réalité historique, de mythologie et d'élucubrations loufoques.
Esthétiquement, le résultat est fort, même surprenant. Une mer d'un bleu irréel, des falaises crochues, une forêt intrigante. Bien sûr, des personnages fabuleux : Minor, mi homme -mi cochon ( découvrant un José Garcia aux boucles blondes hirsutes), Satyre, un Dieu aux allures de bouc (Vincent Cassel surexcité) qui initie aux imprévus du paganisme, Karkos, un poëte lyrique d'une naïveté grotesque et toute une peuplade peinturlurée aux rites cocasses.
Mais voilà, cette peinture aux allures de légende mythologique est la limite même du film car les personnages sont triviaux, simplets, les dialogues, faute d'être franchement drôles ou totalement surprenants, sont faibles voire ennuyeux et l'histoire elle-même est d'une simplicité décevante. On regrette qu'une image aussi travaillée soit servie par un contenu aussi faible. On ressort avec des formes et des couleurs plein les yeux, mais pas grand chose dans la tête.