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Les Amours d'Astrée et Céladon
réalisateur
Eric Rohmer
comédiens
Andy Gillet, Stéphanie de Crayencour, Cécile Cassel

sortie le 05-09-07
Genre : adaptation littéraire. Durée : 1h49

critique
+___ Les amours de Rohmer

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[critique]

+___ Les amours de Rohmer

par Anne Laure Gannac le 01-09-07

Eric Rohmer est un excentrique, un excentré du cinéma. Il n'a pas attendu son trente et plusième film pour nous le prouver, mais avec "L'Astrée", la confirmation est si violente qu'on arrive encore à être surpris par l'énergumène octogénaire. "Mais pourquoi est-il allé chercher une histoire pareille?!" La remarque, lancée par une critique dramatique et dramatisée le générique de fin terminé, condense assez bien l'esprit de la salle en ce jour de projection du nouveau Rohmer. Un esprit ahuri, d'abord, alourdi, peu à peu, assoupi, voire, et finalement hébété : pourquoi être allé chercher ce roman pastoral du XVIIème siècle, baigné de nymphes, druide et de mille anachronismes quand il s'agit de raconter la Gaule Antique?

Que, sous couvert d'une histoire naïvement passionnelle entre berger et bergère, il soit ici question d'amour, de fidélité, de trahison redoutée et d'efforts pour reconquérir le coeur de l'autre, cela peut suffire à expliquer l'enthousiasme de Rohmer en relisant ce roman d'Honoré d'Urfé. L'ancien professeur de lettres a déjà prouvé son goût pour le baroque amoureux, avec "La marquise d'O". Mais est-ce bon signe? Comme la Marquise, cet "Astrée" donne plus d'une occasion de sourire aux afféteries de la réalisation. La langue, empruntée à souhait, le jeu, minaudant avec maladresse à défaut d'être dirigé, en passant évidemment par les costumes et l'image, embrumée, tout pousse à maintenir le spectateur à une distance déraisonnable -à la limite de l'hypnotisme.

N'allons pas en conclure que Rohmer, 87 ans et 57 ans de films, a paressé. Son engouement reste sa signature. Le travail qu'il livre ici est surtout remarquable de fidélité (l'obsession n'est pas qu'amoureuse chez lui)au texte d'Urfé : il respecte jusqu'aux fausses croyances sur les tenues vestimentaires, les rites religieux et les loisirs des gaulois et jusqu'à l'érotisme niais d'Urfé qui se pâme de découvrir un sein ou s'échauffe à l'idée d'une chevelure dénouée. De cet imbroglio temporel découle une étrange ambiance antico-XVIIème qui n'est pas sans intérêt -mais seulement littéraire. Tout le problème -en même temps que la valeur- de cet Astrée est là. Ce film se voit comme le livre dont il est tiré se lit aujourd'hui, pour son cachet "culture générale". Pour qui ne connaît pas le roman pastoral ni Honoré d'Urfé et rêve de s'instruire, cette adaptation est un bijou. Pour les autres, qui vont au cinéma pour voir des films, il est conseillé de changer de file d'attente.