Il fait rarement l'unanimité. Les fans se délectent quand d'autres s'ennuient. Aller voir un film de Claude Chabrol, c'est savoir que l'on va trouver l'esquisse d'une peinture sociale associée le plus souvent à une étude de cas cliniques. Le reste est incertitude : fiction ou adaptation, toile de fond, humeur, couleur, rythme. Il y a en tout cas toujours une promesse avec Chabrol, celle d'un jeu d'acteurs éblouissant.
" La fille coupée en deux " ne faillit pas à la règle. C'est un régal d'interprétation. Berléand, bien installé dans la cour des grands enfile enfin un costume de séducteur (un poil vicieux...) dans un jeu simple, naturel, jamais démonstratif. Ludivine Sagnier, qui se voit confier un des plus jolis rôles de sa jeune carrière, est parfaite en ingénue désenchantée et Caroline Silhol offre une épaisseur surprenante à son rôle d'aristocrate sclérosée dans les convenances.
Et puis il y a Benoît Magimel. Définitivement inouï. Magimel, dont on sait déjà qu'il est capable d'incarner toutes les classes sociales, revient ici en jeune rentier schizophrène. Un jeu de folie amoureuse, douloureuse, pathologique, inquiétante, un feu d'artifice d'instabilité servi par une gestuelle compulsive, une vraie performance qui révèle un comédien définitivement éblouissant, une belle gueule à l'ombre d'un cinéma français soit disant en manque de grandes figures.
Reste le film, bien sûr, autour de tous ceux là, inspiré par un célèbre crime passionnel dans l'Amérique des années 1900. Un film réussi, rythmé par des séquences coupées avant leur conclusion, ou au contraire prolongées au-delà de ce que l'on pourrait attendre. Un jeu de rupture en somme, pour suggérer cette fille coupée en deux, entre deux hommes, deux mondes et deux âges. Amateurs de Chabrol, n'hésitez pas. Les autres? Essayez : c'est un bon cru.