Maintenant que l'ogre Shrek a épousé sa tendre et verte Fiona, le pire s'apprête à lui tomber sur les cornes : son crapeau de beau-père veut faire de lui son héritier au trône. Tros grand, trop pataud, évidemment Shrek n'en a pas la carrure. Il lui faut donc trouver un remplaçant. Il y a bien Artie, jeune cousin de Fiona, mais encore faut-il s'assurer qu'il ait l'étoffe d'un roi. L'occasion de le tester se présente, justement, puisque les méchants des contes ont décidé de prendre leur revanche en se lançant à la conquête du trône temporairement vacant de ce royaume Fort Fort Lointain. Les bons, menés par Shrek, contre les losers, dirigés par Le Prince Charmant : le combat est lancé.
Une histoire bien gentille, en somme, voire d'une naïveté à faire huer des spectateurs de 5 ans. Mais c'est aussi ça Shrek : un esprit enfantin plongé dans un corps de grand obèse. Les fans s'en défendent en insistant sur le ton subversif de ces réalisations : si Shrek invoque les ressorts et personnages des contes les plus caricaturaux c'est pour mieux les détourner et les ridiculiser. Certes. Si tant est que l'argument tienne la route pour les deux premiers Shrek, il est ici mis à mal par un monstre vert qui a largement perdu de sa verve ironique. Il y a toujours, en fond de décor, le tableau de l'Amérique d'aujourd'hui, bien saisi bien moqué, mais avec moins de virulence que dans les précédents épisodes. Ce qui n'empêche pas les sourires, quelques francs éclats de rire, même. L'idée de faire de Merlin l'enchanteur un ermite devenu adepte des thérapies en tout genre est irrésistible.
Reste que l'humour Shrek, celui qui est capable d'éclairer les visages des 7 à 77 ans, cet humour là est dans le dessin. C'est lui, le héros. Attachant, hilarant. Impossible de résister au talent de cette équipe de Dreamworks, tant le dessin est dense, bourré de détails. La créativité se précipite sur chaque seconde pour en faire une image délicieuse. A considérer les transitions et glissements de plans, on se dit que plus d'un réalisateur aurait des leçons à tirer du dessin animé. Mais peut-on encore parler d'un cartoon? A ce niveau là, le terme de film d'animation prend tout son sens. C'est un film, un vrai. Trop bien mené pour permettre à la critique de s'arrêter à une narration fébrile.