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[critique]
J'veux pas que tu t'en ailles

+__ La rupture tranquille

par Bénédicte Arcens le 22-04-07

Une comédie romantique. Un couple. Paul et Carla. Lui, Richard Berry, est psychanalyste. Calepin quelque peu débordé. Elle, Judith Godrèche, est prof de français. Fraîche. Apparemment vertueuse. Un amant. Raphaël, Julien Boisselier, restaurateur sympathique et torturé. Le décor est planté dès lors que Paul, le mari psychanalyste, découvre que Raphaël, son patient, est l'amant de sa femme. Plutôt que de mettre fin aux séances, le mari va manipuler l'amant dans l'espoir de reconquérir sa moitié.
Le deuxième long métrage de Bernard Jeanjean nous propose un vaudeville sur le divan. Une idée habile qui permet à l'amant de faire des confessions intimes au mari de sa maîtresse. Les dialogues sont généralement bien menés, parfois drôles, quelques gags ou quiproquos laissent deviner l'ombre de Francis Veber, un maître du genre. Une analogie qui fait précisément du tort au film. Quand Veber déroule des situations irrésistibles, sans temps mort, presque hors de souffle, le rythme de Bernard Jeanjean tire la langue et déclenche des rires un peu pâles. La crise du couple manque d'épaisseur, un mari qui travaille trop, plus de cadeaux, plus d'anniversaire de mariage, plus de fleurs, tu comprends mon chéri j'en peux plus mais je t'aime encore, mais moi aussi je t'aime mais comment tu as pu me faire ça, blablabla. Finalement l'amant s'éclipse et le couple se retrouve, chabadabada. Un vaudeville insuffisamment coloré pour se contenter de mièvreries éculées.
Si le film est lumineux c'est grâce à quelques personnages. Les seconds rôles occupent peu de place mais ils l'occupent honorablement: Julien Boisselier tient à nouveau ses promesses, plus que parfait dans son rôle de post trentenaire en quête de lui-même, il transpire son malaise avec une justesse angoissante, amusante et amusée. Richard Berry aurait presque du mal à suivre, pinqué dans son habit de mari sans attention, crispé dans une douleur trop contenue, malheureusement sans fêlure. Judith Godrèche, en godiche du désir, a peu mûri depuis "L'auberge espagnole" mais tient correctement sa place.
Le résultat est globalement plaisant. Malgré tout, j'attends quelque chose. Michel Jonasz. C'est idiot. Quelques notes au moins. Une allusion. Non, rien. C'est juste le même titre.

"T'as qu'à pas me laisser, me laisse pas,
Faut pas t'en aller, t'en vas pas,
Qu'est ce que j'vais faire, j'deviendrai quoi, un épouvantail,
Un grain de pop corn éclaté avec une entaille,
J'veux pas que tu t'en ailles, j'veux pas que tu t'en ailles..."

Le thème de la rupture est intéressant quand la fêlure est profonde ou énigmatique. Je cherche l'entaille, celle de Jonasz, qui donnerait une autre dimension au couple. Mais il n'y a pas d'entaille. Un peu lisse en somme.