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[critique]
Anna M.

+__ A la folie, un peu, pas assez

par Anne Eyrolle le 09-04-07

Ah Isabelle Carré ! La peau diaphane, les yeux brillants, la voix d'enfant. Impossible de ne pas l'aimer. Et évidemment qu'il faut se précipiter au cinéma dès qu'elle y est ; surtout là, surtout lorsque le programme annonce qu'elle a enfin l'occasion de s'y livrer follement, éperduement, maladivement.
On se précipite, donc, impatient de la voir s'abandonner à la passion amoureuse. Et on la retrouve, immédiatement, l'intonation puérile glissée dans un corps qui sait encore ignorer sa beauté. Cest elle, bien sûr, fragile et troublante, tourmentante et tourmentée. Mais ses paradoxes cette fois poussés à l'extrême : elle est Anna M, jeune femme vivant repliée entre deux cocons : celui de sa maison qu'elle partage avec sa mère, et celui de la bibliothèque où elle rénove de vieux livres. Une petite fille coinçée dans ses chemisiers à col rond et ses jupes à fleurs. Comme on l'a déjà vu, c'est vrai... Mais non, cette fois, ça sera différent. Parce que très vite, il y a la visite médicale. Le rouge monte tout à coup aux joues pâles de la belle Isabelle et s'en est fait de son cas. Elle se croit terriblement aimante et aimée par le médecin. Elle ne le lâchera plus. La douce Isabelle cède à la folie, enfin.
Et là, on se dit : chouette. L'angélique Isabelle va nous montrer sa part d'ombre et ça va être terrible. Alors on s'accroche à son fauteuil rouge comme les joues d'Isabelle et l'on attend, pressé, la transmutation. Assistant aux premiers tête à tête avec Gilbert Melki, terriblement juste dans son malaise, on ne peut qu'espérer un grand moment de cinéma. Et l'on se fait déjà des films sur la suite, l'explosion de rage et de violence, les coups d'éclats et les coups bas.
Le suspense est intense... Et après? Et après? Une vingtaine de minutes plus tard, il faut se rendre à l'évidence : après? Rien. D'une histoire plutôt intéressante -celle d'une érotomane dont la pathologie narcissique et monomaniaque devient le cauchemar d'un couple- Michel Spinosa ne fait pas grand chose d'autre que le portrait très superficiel d'une jeune femme délirante. Concentrant toute son attention sur les symptômes dérangeants de sa malade, il semble en avoir oublié de lui donner de la chair, à elle et, surtout, à ceux qui l'entourent. D'abord troublant de sincérité, Gilbert Melki semble bientôt trop grand pour son rôle étriqué et Anne Consigny tourne en rond dans son silence d'épouse parfaite. Autour de ce trio qui n'en est pas un, des personnages secondaires entrent et sortent du film, ni vu ni connu : ici un gardien de nuit devenu le géniteur d'un soir, là un père de famille dont on ne comprend pas bien qu'il laisse ses filles sous la surveillance de cette jeune femme qu'il ne connaît pas. De même, la mère, insondable, le psy, d'une naïveté inquiétante. Les propositions se succèdent, simplistes et approximatives. Comme si Spinosa, évidemment interpellé par cette affaire d'érotomanie, s'était emparé d'un gâteau appétissant avant de se rendre compte trop tard qu'il était trop gros pour lui. D'où cette dernière scène qu'il va perdre dans les vertes prairies et qui ne dit rien d'autre que : voilà, c'est fini.
Et c'est bien dommage, parce qu'elle était intense et belle, Isabelle, et son face-à-face avec Gilbert donnait envie. Mais tous les plaisirs ont une fin et celui-là se termine beaucoup plus tôt que prévu.
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Fiche cinéma
Titre:Anna M.
Comédiens:Isabelle Carré
Gilbert Melki
Anne Consigny [1]
Réalisateur:Michel Spinosa
Dates:
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