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[critique]
Molière

-__ Un Molière qui fait bâiller au Corneille

par Marianne Schönwasser le 05-02-07

Décidément, le simili-biopic sauce XVIIème siècle a une cote d'enfer dans le cinéma français en ce moment ! En attendant le Jean de La Fontaine de Daniel Vigne, Laurent Tirard (Mensonges et Trahisons) nous propose son Molière avec Romain Duris dans le rôle titre. A se demander si ce n'est pas là un coup du lobby des profs de français !

Car effectivement, en matière de film à forte valeur pédagogique ajoutée, Molière se pose là. Prenant pour prétexte un " blanc " dans la vie de J.B. Poquelin, Tirard imagine que, lors de cette ellipse biographique, l'auteur de Don Juan se trouve confronté à l'ensemble des personnages qui feront sa renommée.

Molière se voit ainsi contraint d'aider un M Jourdain (Luchini) à séduire une précieuse très ridicule (Sagnier), évidemment sans attirer l'attention de sa légitime Elmire (Morante). Le souci, c'est que l'exercice tourne vite à la citation. Et qu'on a l'impression que Tirard et Grégoire Vigneron, son co-scénariste ont surtout cherché à caser le maximum de phrases de Molière, se demandant seulement comment ensuite, écrire un scénario... Du " Petit chat est mort " à " Qu'allait-il faire dans cette galère ", effectivement, tout y est pour ce copieux inventaire à la Molière. Même si, au passage, les scénaristes n'hésitent pas à dévoyer le sens premier de certaines scènes. Une reprise d'une scène de Tartuffe est ici traitée à la sauce comique, alors que, dans la pièce, elle possède une dimension fortement dramatique puisque c'est le moment où Elmire espère révéler à son époux à quel point Tartuffe est un traître et échoue... On peut donc râler un peu et se demander où tout cela nous mène. Il n'empêche que le résultat est là : Molière, avec ses défauts, a au moins ce mérite : donner furieusement envie de se replonger dans ses pièces, dès la sortie de la salle, afin de se remplir la tête de son impertinente voix. A n'en point douter, insidieusement, Tirard réussit à transmettre au spectateur, malgré des maladresses, son amour pour ces textes.

Mais, pour que le charme agisse totalement, encore faudrait-il que cela soit bien joué. Ce qui n'est pas toujours le cas. Pourtant-événement rare-, Luchini s'efface derrière son personnage, campant un M. Jourdain aussi exaspérant que touchant dans sa quête de reconnaissance sociale, sa soif de culture et sa lubie de passion transie. Laura Morante, tout en retenue, incarne parfaitement cette figure de femme " molièresque ", forte et digne, même quand elle est touchée par la parjure. On ne pourra en dire autant de Romain Duris qui confirme sa tendance à la Belmondoïsation amorcée depuis Arsène Lupin. Quant à Ludivine Sagnier, en voilà une qui semble vraiment se demander ce qu'elle est venue faire dans cette galère. On la sent si peu à l'aise avec les alexandrins du XVIIème que son jeu en devient d'une raideur mécanique parfaitement glaçante. On en vient à ne lui souhaiter qu'une chose : que le supplice prenne fin rapidement pour elle... et pour nous à la regarder se débattre ! OK, c'est méchant... Mais comme le dit Molière, en alexandrin justement : " Et d'une raillerie a-t-on lieu de s'aigrir ? "

J.